Recomposition politique

Bientôt une nouvelle formation sociale-démocrate en Israël ? L’hypothèse n’est plus à exclure depuis que l’ancien ministre de la Justice Yossi Beilin et ses proches, parmi lesquels la députée sortante Yaël Dayan, qui constituent le courant pacifiste de l’Avoda (le parti travailliste), ont été relégués à des places non éligibles sur la liste présentée par les travaillistes en vue des élections législatives anticipées du 28 janvier prochain. Au terme d’un poll national, les militants de l’Avoda ont en effet désigné lundi leurs candidats à la députation et la plupart de ces heureux élus sont des membres du courant centriste ainsi que de l’aile droite de leur parti, dirigée par l’ex-ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer. « C’est une bonne liste, bien équilibrée, a d’ailleurs déclaré de dernier. Yossi Beilin n’y figure pas ? Que Dieu soit loué car il aurait transformé notre formation en une secte gauchiste. »

Quant à Shimon Peres, qui bénéficiait d’une place réservée sur la liste en vertu de son statut spécial de « patriarche » travailliste, il a certes regretté que Beilin, Dayan et consorts ne soient pas éligibles le 28 janvier prochain, mais il a surtout estimé que « la liste qui vient d’être constituée permettra de participer à un gouvernement d’union nationale » ( NDLR: avec le Likoud, le parti nationaliste d’Ariel Sharon). Epurée de ses « colombes » (Yaël Dayan et Yossi Beilin ont en effet démissionné de l’ Avodapour rejoindre leMeretz, un parti progressiste concurrent) , la liste travailliste correspond en tout cas beaucoup plus intimement à la volonté de l’électeur travailliste moyen. Celui-ci semble en effet rebuté par les prises de position spectaculaires d’Amram Mitzna (le nouveau leader du parti) en faveur du démantèlement immédiat des colonies juives de la bande de Gaza ainsi que pour la reprise de pourparlers de paix avec l’Autorité palestinienne. D’ailleurs, selon un sondage publié à la fin de la semaine dernière par le quotidien Haaretz, la base travailliste se déclare « déçue » par les résultats des accords de paix d’Oslo (dont Beilin fut l’un des artisans) et elle exige également un « recentrage » des positions de Mitzna, jugées trop « conciliantes » vis-à-vis des Palestiniens.

A droite, Ariel Sharon, dont le parti semble assuré de réaliser le meilleur score électoral, multiplie en tout cas les appels en faveur de la constitution d’un gouvernement d’union nationale après le 28 janvier. Pour son entourage, celui-ci serait d’ailleurs d’autant plus facile à constituer que la tendance Beilin au sein du parti travailliste semble avoir été réduite à néant. Pourtant, malgré une cote de popularité inégalée pour un Premier ministre en exercice (65% de satisfaits), ainsi que des sondages prometteurs (lors des prochaines élections, le Likoud récolterait de 33 à 38 sièges au lieu de 19 actuellement), Sharon ne peut pas faire ce qu’il veut. Car, paradoxalement, la plupart des candidats désignés par son parti pour figurer en place éligible sont beaucoup plus à droite que leur leader. Ils refusent, par exemple, la création d’un Etat palestinien démilitarisé sur 40 % de la Cisjordanie alors que Sharon en a accepté le principe la semaine passée, pour faire plaisir à la Maison-Blanche.

Le tiers des candidats à la députation présentés par le Likoud font d’ailleurs partie du clan du ministre des Affaires étrangères Benyamin Netanyahu qui continue, lui, de pratiquer la surenchère à droite afin de saper l’autorité de Sharon. Par la grâce de l’un de ces nombreux retournements de situation dont la vie politique israélienne est coutumière, le Premier ministre se retrouve donc à la « gauche » de son parti. Il apparaît comme un « modéré » face aux ultras de sa base et il profite de cette image pour tenter de séduire ceux des électeurs travaillistes qui se méfient de Mitzna et de ces ambitions de reprendre immédiatement le dialogue avec les Palestiniens.

Serge Dumont

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