Qui est la tueuse fantôme ?

Une série de meurtres,et toujours l’empreinte génétique de la même femme : c’est le seul véritable élément dont disposent les policiers qui la traquent depuis quinze ans. Car son visage et son profil restent un mystère.

De notre correspondante

On l’appelle le  » Fantôme  » parce qu’on ne connaît ni son nom ni son visage. Mais celui que l’on suppose être un serial killer a un sexe : c’est une femme, comme l’indique son ADN, seule information solide de cette mystérieuse affaire, qui met la police allemande sur les dents depuis quinze ans. Les enquêteurs ont, en effet, retrouvé son empreinte génétique dans 30 lieux différents, en Allemagne, en Autriche et même en France. Impliquée directement ou non dans six meurtres, la personne recherchée mobilise aujourd’hui quatre parquets, trois commissions d’enquête et a fait faire 12 000 heures supplémentaires aux quelque 50 fonctionnaires de police qui la traquent en permanence.

Mais, jusqu’à présent, toutes les pistes suivies n’ont mené nulle part. Tout semble flou, à l’image de ce portrait-robot, récemment diffusé, qui montreà un visage masculin portant un trait de barbe sur le menton. Il s’agirait d’un individu mesurant entre 1,70 et 1,80 mètre, repéré par un voisin lors d’une tentative de cambriolage à Sarrebruck. Un homme donc ?  » Peut-être une femme qui ressemble à un homme, ou bien un complice, précise Frank Huber, chef de la commission spéciale de Heilbronn, qui recherche la criminelle depuis un an. Dans ce dossier, on ne peut jamais écarter la moindre hypothèse, soupire-t-il, c’est ce qui rend les choses compliquées. « 

Si l’ADN n’a pas permis encore de remonter à la personne, elle a au moins dessiné son parcours criminel au cours des quinze dernières années. Une  » carrière  » qui commence le 23 mai 1993, à Idar-Oberstein, en Rhénanie-Palatinat, avec le meurtre de Liselotte Schlenger, une retraitée de 62 ans, brutalement étranglée avec du fil de fer. L’empreinte ADN du Fantôme se trouvait sur une tasse à café de la vieille dame. Ensuite, il ne se passe plus rien durant huit ans. Séjour à l’étranger ? Grossesse ? Petits délits n’ayant donné lieu à aucune analyse génétique ? Le 26 mars 2001, en tout cas,  » elle  » revient. Cette fois, c’est un retraité de Fribourg, Josef Walzenbach, 61 ans, qui est étranglé avec sa ceinture. Le Fantôme a laissé sa trace sur un tiroir. Dans les deux cas, de l’argent a été volé. Six mois plus tard, à Gerolstein (Rhénanie-Palatinat), un gamin se blesse en marchant sur une seringue. Les parents en font analyser le contenu. Résultats : des restes d’héroïne et toujours la même signature. De voitures volées en magasins cambriolés, on retrouve encore la fameuse trace en France, puis à Worms (Rhénanie-Palatinat), à l’occasion d’une violente dispute par balles entre deux frères, des Tsiganes Sinti. L’une de ces balles a en effet été manipulée en amont par la  » personne recherchée de sexe féminin « , comme l’appellent les enquêteurs dans leur jargon policier, mais la piste n’aboutit toujours pas : l’un des deux frères affirme que l’arme appartenait à son père décédé et l’autre se tait.

Nouveau drame, le 25 avril 2007, à Heilbronn, dans le Bade-Wurtemberg, où deux jeunes policiers en faction sur une aire de stationnement sont froidement abattus. Michèle Kiesewetter, 22 ans, meurt sur le coup. Son collègue de 25 ans ne se souviendra de rien quand il sortira du coma. La mystérieuse empreinte est cette fois découverte dans leur BMW. Alors que, tout près de là, se trouvait un campement de gens du voyage et que l’on montait les stands d’une fête foraine, personne n’a rien vu. Ou rien voulu voir. En janvier dernier enfin, lorsque l’on sort d’une rivière les corps de trois Géorgiens venus acheter des voitures d’occasion en Allemagne, et que l’on arrête deux suspects, que trouve-t-on dans la Ford Escort de l’un d’eux, par ailleurs indicateur de la police ? Toujours la même signature génétique. Et, là encore, les enquêteurs se heurtent au même silence chez ceux qui pourraient avoir été en contact avec le mystérieux Fantôme.

Qui est donc ce personnage au parcours chaotique, dont le profil, malgré ces foisonnements d’indices, ne semble jamais vouloir se préciser ? Car les  » pistes de travail  » partent dans toutes les directions : la personne recherchée a consommé ou vendu de la drogue, a été en contact avec des Sinti ou des gens du voyage et, à plusieurs reprises, a trempé dans le commerce de voitures. Si elle n’a sans doute pas de domicile fixe – on a retrouvé son ADN sur des gâteaux secs dans une caravane où elle a dû passer la nuit – elle a plusieurs points d’attache, où elle revient régulièrement : Heilbronn, Fribourg et Linz, en Autriche. Par ailleurs, elle a su organiser la logistique nécessaire à certains de ses crimes ou délits. Elle n’est donc pas solitaire.  » Elle a toujours agi en compagnie de quelqu’un, précise Peter Lechner, de la police criminelle de Heilbronn. Mais ce n’était jamais la même personne.  » Comment un individu dont la trajectoire traverse ainsi divers réseaux peut-il passer à travers les mailles du filet durant quinze ans, sans que personne fournisse un jour aux enquêteurs l’indice déterminant ?  » C’est la grande question, soupire Frank Huber. Elle a eu de la chance mais cela ne durera pas. Je suis sûr à 100 % que nous la trouverons. Reste juste à savoir quand.  » l

Blandine Milcent

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