Quels moyens pour la tolérance zéro ?

C’est loin d’être une première : le samedi 30 janvier, un policier a été blessé à la jambe lors d’une intervention, avec poursuite et nombreux coups de feu à la clé, après un braquage raté chez l’agent de change Western union, à Laeken. Les trois auteurs supposés, âgés de 22 à 24 ans, ont été arrêtés quelques heures plus tard. Du bon boulot de flic, c’est sûr.

Mais certains ont vu dans cet épisode l’émergence d’une zone de non-droit à Laeken. C’est sans doute exagéré : si des étincelles se sont produites le 30 janvier entre le crime organisé et les représentants armés de Thémis, c’est bien que celle-ci était sur place. Mais toujours est-il que les réactions ont fusé. Les policiers, qui craignent pour leur sécurité au regard de l’escalade à l’armement constatée du côté des truands, ont annoncé un préavis de grève. Le parquet de Bruxelles s’est dit partisan de la tolérance zéro (et avait, dès la mi-novembre, mis en place une  » permanence  » ayant déjà 532 dossiers à son actif). Côté politique, certains veulent éviter un  » emballement  » du dossier sécurité quand d’autres en appellent également à la tolérance zéro ou au redéploiement policier via une fusion des six zones de police bruxelloise, voire à l’abaissement de l’âge de la majorité pénale à 16 ans. Un projet de loi sur le durcissement des peines pour les agressions contre des policiers a par ailleurs été adopté cette semaine à la Chambre.

Mais il y a un hic : la plupart de ces mesures conduiront à un besoin accru de policiers et de justice. La tolérance zéro, qui consiste à durcir la réponse aux infractions (ne plus rien tolérer) et à raccourcir au maximum le délai avant un jugement (plus la peine tombe rapidement, meilleur est son impact symbolique et concret), suppose des moyens policiers accrus en amont. Et, en aval, des tribunaux et des prisons plus disponibles…

Or si, du côté pénitentiaire, on agit, c’est dans le sens contraire que la politique actuelle est conduite en matière de justice et de police. Ainsi, par une circulaire du 23 décembre 2009 et pour des raisons budgétaires, le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck (CD&V), réduisait les moyens alloués à son fonctionnement. On se souvient que les huissiers d’audience ont ainsi été décimés, ce qui ralentit le déroulement des procès. Quant à la police, en octobre 2009, soit il y a trois mois à peine, la ministre de l’Intérieur, Annemie Turtelboom (Open VLD), annonçait une diminution des effectifs par le non-remplacement de 600 policiers en deux ans. Qui donc va gérer les 532 dossiers de la permanence ?

R.P.

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