Quelques longueurs d’avance

Pattes puissantes, genoux souples, le guépard et l’autruche sont des bêtes de course… Envie de vous mesurer à eux ? A Bruxelles, le Muséum des sciences naturelles préside aux Jeux olympiques des animaux. Que le meilleur gagne !

(1) Jusqu’au 26 septembre 2004. Entrée gratuite le premier mercredi de chaque mois dès 13 heures. Infos : 02 627 42 38 ou www.sciencesnaturelles.be

D’entrée de jeu, sur fond de hourras et de buccins olympiens, un écran géant diffuse le dessin animé des exploits de plusieurs dizaines d’espèces animales, qui s’affrontent dans cinq disciplines sportives. Et, horreur, la nôtre s’y paie un flop magistral ! Battu à la course par le guépard, ratiboisé au saut par le kangourou, largué à la nage par l’espadon, au tir par le caméléon et à l’orientation par le pigeon bizet, l’ Homo sapiens, ce gros nigaud, n’est premier en rien du tout. Même une misérable sauterelle lui flanque une tourlouse. Sans oublier la puce qui, d’un coup de mollets, propulse son petit corps rouge brun à 30 centimètres de hauteur, soit 200 fois sa taille… C’est clair, ces J.O. des animaux, la nouvelle exposition du Muséum des sciences naturelles, à Bruxelles (1), ne flattent pas notre ego. Un peu renfrogné, pas fier de ses performances franchement moyennes, le visiteur a vite fait de se rendre à l’évidence : d’accord, sur la berge, il n’est pas aussi balourd que l’hippopotame ; et aux 100 mètres, son représentant le plus véloce, le Canadien Donovan Bailey, pousse tout de même des pointes de 36,5 kilomètre-heure, fameux, mais moins agile qu’un lapin bondissant. Quant aux tireurs d’élite et aux nageurs de compétition, ils sont loin d’être manchots, même si ces derniers, justement, fendent les flots à vitesse égale, mais savent plonger à 200 mètres de fond. Il n’empêche : sur terre, sur mer ou dans les airs, tous les êtres vivants confondus, l’humain n’est vraiment pas le champion qu’il pense être…

Ce jour-là, des petits écoliers en font d’ailleurs la douloureuse expérience : par couple, ils ont pris place dans des starting-blocks ; en face, tout au bout d’une piste longue de 25 mètres, un ordinateur (qui cafouille un peu) ne cesse de leur combiner des concurrents fictifs (le guépard, l’autruche, l’éléphant, le cheval), avant de lancer un  » go !  » décisif. Au terme de la course, les jeunes adversaires essoufflés comparent leurs scores. On devine qui sort toujours vainqueur, malgré la bonne volonté des gamins : le guépard, l’animal terrestre le plus rapide (120 kilomètre-heure) grâce, entre autres, aux coussinets charnus qui rendent ses pattes antidérapantes û et ses approches, silencieuses, au grand dam des impalas, ses casse-croûte préférés. Plus loin, deux fillettes ont enfilé des sacs de jute rouges. Au lieu de ramper, comme suggéré, tels des escargots, sur le parcours ondulé recouvert de paillasson, de caoutchouc, de lino et de tapis plain à grosses bouclettes, elles y sautillent comme des wallabys. C’est plus facile, et tout aussi marrant. Objectif pédagogique : signifier que les gastéropodes, s’ils ne sont pas des as de la vitesse, se débrouillent plutôt bien en déplacement sur des surfaces rugueuses et, même, la tête en bas. Le Muséum a intitulé cette petite démonstration  » la revanche des perdants « . Il en est plein d’autres, éparpillées à travers l’exposition, qui prouvent que ce n’est pas parce qu’on a l’air pataud qu’on a tout faux. Gros plan sur l’hippopotame. Assez nul en plongeons, le lourdaud évolue pourtant comme une sirène sous l’eau (où il supporte jusqu’à cinq minutes d’apnée) : il ferme ses narines, replie ses oreilles, se laisse couler à pic et, hop, c’est parti pour une petite balade sous-marine. Quant à l’éléphant, il  » trace  » à 40 kilomètres-heure : oui, c’est mieux qu’un sprinter olympique.

Alors, si nous imaginons que notre revanche d’humain, c’est d’être un peu plus malin, démontrons-le ! A côté des podiums qui exposent, naturalisés, les animaux les plus doués dans leurs disciplines û un zèbre de Grévy, figé dans son élan, naseaux au vent, semble vouloir rejoindre le trio des meilleurs sauteurs, un kangourou pelucheux, une frêle antilope et une minuscule reinette û, à côté des bornes qui comparent les résultats et les ossatures respectives des espèces gagnantes, les concepteurs de l’exposition ont aussi voulu mettre les visiteurs à l’épreuve. Faites le saumon : dans la section  » orientation « , une table en forme d’estuaire propose aux amateurs de  » renifler  » des cours d’eau, pour tenter de découvrir, grâce au seul odorat, le lieu de naissance précis du poisson. La même section met aussi à l’honneur le chimpanzé bonobo, non pour son appétit sexuel insatiable, mais pour ses prouesses de grand randonneur : capable de baliser ses excursions en forêt, ce singe écrase des morceaux de plantes à chaque croisement, pour mieux retrouver son chemin par la suite.

Ici, des balles en mousse volent dans un entonnoir protégé par un disque en mouvement. Là, des enfants tentent d’égaler le poisson-archer, roi du crachat : pour attraper son déjeuner, il s’approche de la surface de l’eau, repère un insecte, lui glaviote un puissant mollard qui l’assomme fissa… Dans la zone consacrée au tir, très  » luna park « , un attroupement s’est formé autour d’un petit local plongé dans la pénombre. Sur ses murs, seize paires d’yeux rouges et verts s’allument au hasard : au visiteur de les repérer, en éprouvant son champ de vision, ses réflexes et sa rapidité. Un panneau l’affirme, le bon tireur attend toujours le meilleur moment pour faire feu : entre deux battements de c£ur… Le lama, lui, se moque de mettre dans le mille : il vise avant tout ce qui brille, donc… les yeux de l’adversaire. Et si ce dernier persiste à le crisper, c’est mieux qu’un jet de salive qui sortira du museau de l’ongulé : un jus de plantes, à demi digérées…

Conçue pour être parcourue en famille (avec enfants de 5 à 12 ans), l’exposition déploie sa scénographie dynamique sans jamais omettre sa vocation didactique. Une vidéo remarquable montre l’ingéniosité du goéland au lancer. L’oiseau a volé un £uf de flamant rose : il lâche sa proie en vol, qui vient s’éclater pile-poil sur une pierre. Omelette au menu… Moins ludique, mais plus instructive, une section compare l’anatomie des espèces rivales. Pour illustrer que la chair des coureurs et des nageurs est constituée de muscles, une vitrine enferme un steak, une cuisse de poulet et un filet de sole… en plastique. Drôles d’objets factices : un chien n’en voudrait pas, même s’ils faisaient pouêt pouêt… L’occasion de noter que le meilleur ami de l’homme est étrangement absent de l’exposition. Sans doute ses performances, comparées aux prodiges d’autres mammifères, sont-elles aussi médiocres que celles de son maître.

Valérie Colin

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