Que la force soit avec toi !

Compliqué d’emmener vos ados au musée ? Cap sur Paris où La Petite Galerie, le tout nouvel espace du Louvre, propose une expo qui devrait attirer les jeunes.

Immense encyclopédie figée dans un dédale de salles, le Louvre serait intimidant. Trop savant. En réponse, le mégamusée vient d’inaugurer sa Petite Galerie : un nouvel espace d’exposition intime (240 m2) et plus attractif. Objectifs ? Oter toutes appréhensions et favoriser la rencontre avec des oeuvres majeures (de la préhistoire à la création contemporaine).  » La Petite Galerie est un projet qui me tient particulièrement à coeur, car elle nous permet d’offrir à nos visiteurs un Louvre plus accueillant, plus accessible et plus généreux, s’enthousiasme Jean-Luc Martinez, président-directeur du musée du Louvre. Je suis convaincu qu’il faut aller chercher les visiteurs qui ne se sentent pas à leur place au musée et les aider à tirer un maximum d’enseignements de leur visite. C’est pourquoi j’ai souhaité créer un nouveau lieu d’exposition pour apprendre à regarder les chefs-d’oeuvre du Louvre et d’autres musées. C’est un projet nouveau pour s’initier à l’art.  »

Démarrage en force, l’exposition inaugurale interroge  » les mythes fondateurs « . Un thème retenu pour sa portée intemporelle permettant de puiser dans un riche répertoire de figures et de légendes universelles. Sujet fédérateur et accrocheur ! Avec leurs pouvoirs extraordinaires, les héros nourrissent notre imaginaire. Présents dans toutes les cultures et civilisations, les mythes – racontés, chantés, transcrits, illustrés – reflètent la diversité et permettent de confronter toutes les expressions du monde (peinture, sculpture, littérature, poésie, musique…).

S’articulant en quatre temps, quelque 70 oeuvres tentent d’offrir des éléments de réponse à une série de questions : qu’est-ce qu’un mythe ? Comment les mythes sont-ils représentés ? Comment nous sont-ils parvenus ? La première section nous invite à découvrir les récits imaginés pour expliquer la création du monde, comprendre la place de l’homme dans l’univers et calmer ses inquiétudes en donnant du sens à la mort et aux désordres de nos sociétés. Les visions enchantées de la nature et ses cycles composent la suite du parcours… Avec l’alternance du jour et de la nuit (qui demeure longtemps un mystère) ou avec ses astres, la nature et son fonctionnement apparaissent tantôt comme un creuset menaçant, tantôt comme une source d’enchantement. Ses éléments vont donner naissance à de nombreux mythes pour rassurer les hommes.

La suite revient sur le destin de quelques héros. Rencontre avec la superstar : Hercule. Fils de Jupiter (dieu des dieux) et d’une mortelle, il reçoit à la naissance une force exceptionnelle. Dans un accès de folie, il tue épouse et enfants. Afin d’expier ce crime épouvantable, il est appelé à réaliser douze travaux l’obligeant à maîtriser sa force. Autres figures phares, celles de Dédale et d’Icare. A la demande du roi Minos, Dédale doit construire un labyrinthe. Emprisonné dans sa propre construction avec son fils Icare, l’ingénieur organise leur évasion en concevant des ailes. Au caractère tempéré du père s’oppose le goût immodéré du fils pour la liberté. S’approchant trop près du soleil, l’imprudent fait fondre la cire qui soude ses plumes et se précipite dans la mer.

La dernière partie aborde la mise en spectacle de ces histoires fabuleuses. Art de la lumière et du mouvement, le cinéma incarne le medium privilégié. Celui de tous les possibles (métamorphoses, monstres aux multiples têtes, personnages gigantesques, tout petits humains que les dieux tiennent au creux de leurs mains…). Les scènes et subterfuges préalablement composés devant la caméra offrent l’illusion de la réalité.

Présenté face à Hercule, Dark Vador fait son entrée ! A vrai dire, on ne comprend pas bien sa légitimité. Dark Vador ne nous apparaît ni comme un mythe fondateur, ni comme un héros. Pur produit de l’industrie cinématographique, il n’a pas d’existence en dehors de ce cadre. Qu’importe ! Ils ont osé ! L’exposition présente Dark Vador et Hercule sur un pied d’égalité : tous deux incarnent l’idée du héros qui ne maîtrise pas sa force et passe du côté obscur. On comprend fort bien l’idée (sans pour autant y adhérer). Autre explication pour justifier sa participation ? Un énorme coup de communication.

Reconnaissons néanmoins que la scénographie – inventive et colorée – est plutôt réussie. Un discours simple, accompagné de dispositifs pour apprendre en s’amusant (cartes ludiques, repères chronologiques, jeux d’observation sous forme de défis…). Le tout complété d’une offre numérique avec des ressources innovantes et interactives. Coup de coeur pour ce système permettant de moduler l’éclairage de certaines sculptures antiques. Expérience étonnante : la lumière dont elles bénéficient modifie complètement la perception de l’oeuvre.

La Petite Galerie se veut un lieu pour initier les enfants (mais pas seulement), favoriser la rencontre avec les oeuvres de tous temps, transmettre le goût du musée… Nobles ambitions. Mais franchement ? Les salles du Louvre – le  » vrai « , le grand – sont-elles à ce point infréquentables ? Pourquoi conseiller à un public peu familier des musées (non moins intéressé !) un nouvel espace au discours simplifié alors qu’il y a déjà tant et tant à visiter ? N’y avait-il pas moyen de faire de la  » médiation  » (sans verser dans l’attraction) en rendant les espaces existants moins rebutants ? On laissera à chacun le soin de juger. Applaudissons malgré tout l’audace et cette volonté de jouer la carte de l’actualité… quitte à nous déranger !

Mythes fondateurs. D’Hercule à Dark Vador, au Musée du Louvre. Petite Galerie (aile Richelieu), à Paris. Jusqu’au 4 juillet. www.louvre.fr

Gwennaëlle Gribaumont

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