Quatre fois Jan Fabre

Avec trois pièces et une exposition, l’artiste anversois échauffe Bruxelles grâce à son art résistant et  » animal « .

Faut-il encore présenter Jan Fabre ?  » Onafhankelijk  » (indépendant) : un qualificatif qu’il tient à chair (à c£ur serait trop mièvre) quand il s’agit de parler de lui ou de son art. Une personnalité forte. Un art  » total « , viscéral et rituel, pour un regard acide et lucide sur l’homme moderne, sans jamais pour autant flirter avec la misanthropie. Au contraire…

La preuve au théâtre Varia, avec Le Roi du plagiat, l’un de ses trois spectacles  » seul en scène  » repris en ce mois de mars : un long soliloque un rien schizophrène et obsessionnel, servi par le sublime acteur flamand Dirk Roofthooft. Une fable sur les failles de l’humain et sur la perfection des anges, dans laquelle les vraies beautés se cachent souvent derrière ce qui paraît bien imparfait. Un texte tout en force poétique, humour cynique et points de vue résolument assumés sur l’homme, l’art et l’humanité, cette communauté de  » singes bavards  » qui ont  » inventé un langage pour mieux pouvoir cacher [leurs] pensées…  »

Autre lieu, autres genres : danse au féminin, aux Brigittines, avec le ludique et fulgurant Quando l’uomo principale è una donna, dans une nouvelle version, puisque ce n’est plus Lisbeth Gruwez, pour qui (et avec qui) ce solo avait été créé qui l’interprète, mais une jeune Coréenne, Sung-Im Her. Le cérémonial, par contre, reste le même. Avec sa scène-installation où pendent une vingtaine de bouteilles d’huile d’olive qui déversent lentement mais résolument leur contenu. Avec cette femme, en costume noir et cigarette, marchant/ glissant sur la scène, entre souffle et extase, humour et tension. Avec la préparation de ce mystérieux cocktail, tout en double sens si l’on garde à l’esprit ce que signifient en anglais  » cock  » et  » tail « … Autre pièce-installation avec Angel of Death. A la base, un texte inspiré par la figure d’Andy Warhol. A l’arrivée, une captivante performance interprété par Ivana Jozic, cernée par quatre écrans projetant des images tournées dans un musée d’anatomie où déambule le chorégraphe William Forsythe qui récite le texte de Jan Fabre, le tout renforcé par une composition originale d’Eric Sleichim : surprenant est un moindre mot.

Dernière escale  » fabrienne  » dans la capitale : Jan Fabre. Photographies. Le temps emprunté, au palais des Beaux-Arts. Une exposition (gratuite) dont le titre fait explicitement référence à celui choisi par Actes Sud pour sa volumineuse publication sortie en juillet dernier, reprenant une riche sélection d’esquisses et dessins signés par Jan Fabre en préparation/parallèle à ses créations scéniques. Une série complétée par un choix de photos de ses spectacles, des clichés que l’on doit notamment à Carl De Keyser, Maarten Vanden Abeele ou… Robert Mapplethorpe ! Un ouvrage qui se déguste avec curiosité et dont l’exposition offre un bel aperçu, rehaussé d’une poignée de maquettes de scénographies de pièces de Jan Fabre. De quoi largement plonger dans l’univers de cet artiste (heureusement) étanche au politiquement correct et au conformisme. Pour que nous puissions rester des  » singes « , non seulement bavards mais pensants !

Jan Fabre. Photographies. Le temps emprunté, au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, jusqu’au 18 mai (tél. : 02 507 84 30 ; www.bozar.be). Quando l’uomo principale è una donna, aux Brigittines, à Bruxelles, jusqu’au 21 mars, et Angel of Death, du 19 au 29 mars (tél. : 02 213 86 10 ; www.brigittines.be). Le Roi du plagiat, au théâtre Varia, à Bruxelles, du 18 au 27 mars (tél. : 02 640 82 58 ; www.varia.be).

Olivier Hespel

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