Quand les pierres parlent…

L’ouvrage prestigieux Le Patrimoine médiéval de Wallonie raconte, au travers des églises et autres donjons, le quotidien d’une société profondément inégalitaire

(1) Institut du patrimoine wallon, 081 65 41 54,

www.institutdupatrimoine.be

La cathédrale de Tournai, les remparts de Binche, les abbayes cisterciennes d’Orval, de Villers-la-Ville… En septembre dernier, les Journées du patrimoine ont été consacrées au Moyen Age, en Wallonie. Depuis 1993, à l’occasion de cette manifestation, quelques-uns des plus beaux témoignages relatifs au thème annuel font l’objet d’un recensement et d’une présentation scientifique dans un ouvrage de prestige. Le Patrimoine médiéval de Wallonie qui vient de paraître (1) est un travail collectif, dirigé par Julien Maquet et abondamment illustré, rappelle qu’en Wallonie 1 monument classé sur 4 est d’origine médiévale.

Ces églises, châteaux et beffrois racontent l’organisation sociale profondément inégalitaire du Moyen Age, telle que le français Georges Duby l’a décrite, en 1978, dans son livre Les Trois Ordres ou l’idéologie du féodalisme. La population était alors divisée en trois classes.

1. Il y avait les oratores, soit les membres du clergé qui priaient et veillaient ainsi au salut de tous. La société médiévale était en effet fondamentalement chrétienne. D’ailleurs, 58 % du patrimoine médiéval wallon est constitué de cathédrales, de collégiales, d’églises ou d’abbayes. Sans oublier les arts avec les châsses et autres reliquaires qui ont assis la réputation des orfèvres mosans bien au-delà des frontières.

2. Le deuxième ordre était formé de bellatores, qui assuraient, les armes à la main, la défense des deux autres groupes. Dans le paysage, cela s’est traduit par la construction de tours, de donjons, de châteaux et de fortifications urbaines.

3. Enfin, les laboratores permettaient, par leur dur labeur, principalement dans le secteur agraire, aux deux premières classes d’assurer leur rôle. Mais, progressivement, l’amélioration des techniques agricoles a contribué au développement des marchés et des villes. Binche, bien sûr, mais aussi Tournai, Soignies, Huy ou Durbuy conservent des traces plus ou moins importantes de remparts ou d’enceintes. Ces vestiges rappellent que les villes wallonnes ont connu, à l’époque, une densité rare, qui s’est seulement retrouvée en Italie du Nord, l’autre grand foyer de civilisation urbaine de l’Europe médiévale.

Dorothée Klein

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