Quand l’ego surpasse le QI

Les hommes sont-ils plus intelligents que les femmes ? Nullement, mais ils sont persuadés du contraire.

En étudiant 30 analyses sur le sujet, le chercheur britannique Adrian Furnham montre qu’hommes et femmes sont globalement égaux en termes de QI. Mais il semble que les femmes, contrairement aux hommes, sous-estiment le leur et ceux des femmes en général… Entretien.

Beaucoup d’études indiquent que les hommes sont plus performants dans les tests de QI. Que faut-il en penser ?

Adrian Furnham : Universellement, les hommes ont tendance à obtenir de meilleurs résultats dans certaines matières comme la conscience spatiale. Dans le monde réel, cela signifie qu’ils pourraient se montrer plus habiles dans la lecture de cartes, par exemple. Les femmes obtiennent de meilleurs scores en termes de développement du langage et d’intelligence émotionnelle. Mais la plupart des experts estiment qu’il n’y a pas de différence significative si le genre et l’intelligence sont mis en rapport.

Mais les femmes pensent parfois ne pas être aussi intelligentes que les hommes…

C’est une énigme. Mon sujet d’études est l’intelligence telle qu’elle est perçue, à savoir à quel point les gens se considèrent comme intelligents. J’ai découvert que les femmes, dans le monde entier, ont tendance à sous-estimer leur intelligence. Chez les hommes, c’est l’inverse.

La plupart des hommes se prendraient pour Einstein ?

L’ego des mâles est certainement plus développé, il profite du double effet de l’arrogance masculine et de l’humilité féminine. Les hommes se font une meilleure idée de leur QI. Un autre facteur est susceptible d’influencer cette perception : bien qu’en moyenne hommes et femmes atteignent globalement le même score, les QI les plus élevés (et les plus bas !) sont statistiquement plus souvent des hommes.

Les femmes ont-elles tendance à considérer que les hommes sont plus intelligents qu’elles ?

Pas seulement elles : hommes et femmes croient que les hommes sont plus intelligents. Ce cliché transcende les générations. Les deux sexes estiment que leurs pères sont plus intelligents que leurs mères, leurs grands-pères davantage que leurs grands-mères, etc. Les parents trouveront que leurs fils sont plus intelligents que leurs filles.

Cela vous surprend ?

Absolument. Les parents jugent mal des aptitudes de leurs enfants, et leur en renvoient une image erronée. C’est surprenant au vu des résultats scolaires : les filles obtiennent de meilleurs résultats dans presque toutes les matières. Je suis également étonné de voir à quel point certaines catégories de personnes peuvent se fourvoyer. Des hommes dotés d’une intelligence inférieure à la moyenne pensent qu’ils sont plutôt intelligents. Et des femmes très intelligentes se sous-estiment totalement.

Comment cela se traduit-il dans le monde réel ?

Les hommes ne sont pas plus

brillants. Mais comme ils pensent qu’ils le sont, leur confiance dans leurs aptitudes est renforcée. En effet, qui décrochera plus facilement un job ? Une femme brillante qui doute de son intelligence ou un gars moins doué qui se croit un as ? L’arrogance n’est pas une qualité, mais la confiance en soi peut l’être. Cela dit, je ne préconise pas particulièrement les thérapies qui aident les gens à être davantage confiants en eux. Beaucoup de gourous retournent d’ailleurs le raisonnement. Ce n’est pas l’estime de soi qui augmente la performance. En revanche, aider les gens à être davantage performants augmentera leur estime de soi.

Vos études suscitent-elles des critiques ?

J’étudie l’intelligence comme elle est perçue, je ne fais pas de recherches sur le côté inné ou acquis des différences selon le sexe. Ces recherches-là suscitent toujours des controverses, car les gens ont des sensibilités très prononcées sur le sujet. Moi, je laisse juste parler les données…

Newsweek/Trad.-adapt. : F.J.O.

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