Pouvoir et pulsions Un drôle de couple

Qu’est-ce qui caractérise le  » sexus politicus  » ? Quel rôle jouent l’entourage, l’opinion ? Des psys répondent.

Donjuanisme et politique vont-ils forcément de pair ?

 » Il faut une structure psychologique particulière pour se lancer à la conquête du pouvoir « , observe le psychiatre et anthropologue Philippe Brenot, qui vient de publier une enquête inédite sur la sexualité masculine en France, Les Hommes, le sexe et l’amour (Les Arènes) : un  » moi  » puissant, ambitieux, capable de tendre vers cet unique objectif, qui explique que beaucoup d’hommes politiques sont hyperactifs, hypernarcissiques, voire hypersexuels. En outre, les succès confortent l’estime de soi et nourrissent un sentiment d’exaltation.  » Un moteur formidable « , estime le psychiatre, mais aussi un piège, car  » l’enthousiasme et le dépassement de soi peuvent amener l’individu à repousser les limites jusqu’à perdre la conscience du réel « . Les fréquentes sollicitations dont les hommes politiques font l’objet n’arrangent rien. Comment contrôler ses pulsions au sommet du pouvoir ?  » L’homme politique doit avoir un surmoi, une conscience de soi particulièrement forte, insiste Brenot. Les proches jouent aussi un rôle de régulation externe crucial. S’ils adhèrent totalement à ses idées, ils acceptent tacitement ses transgressions. Alors, plus grand-chose ne l’arrête.  »

Les femmes sont-elles complices à leur insu ?

 » Le pouvoir, comme l’intelligence et l’humour, exerce un attrait érotique sur les femmes, confirme le psychiatre et neuropsychologue Jean-Paul Mialet, auteur de Sex æquo (Albin Michel). DSK remplissait au moins deux de ces critères.  » Mais d’où vient cette fascination ? Du besoin du  » sexe faible  » de se sentir protégé et de protéger par là même sa progéniture, disent volontiers les psychologues évolutionnistes inspirés de Darwin. Pour Jean-Paul Mialet, l’affaire est plus complexe.  » Les hommes sont, par nature, dans l’action. Les femmes, elles, exercent le pouvoir par procuration.  » Ce qui expliquerait que beaucoup d’entre elles préfèrent l’ombre à la lumière. Jusqu’à tout accepter, y compris les coups de canif au contrat conjugal ?  » Les femmes accordent moins d’importance que les hommes à l’infidélité sexuelle ; en revanche, elles supportent très mal que leur conjoint tombe amoureux d’une autre « , note le psychiatre, citant les vastes recherches qui le confirment. Les couples politiques peuvent aussi être unis par  » un pacte implicite  » : une alliance d’intérêts, une passion amoureuse, parfois aveugle.  » Dans le couple Strauss-Kahn, le lien d’affection est visiblement très fort, analyse Jean-Paul Mialet. Cela peut expliquer qu’Anne Sinclair minimise les faits – voire les dénie.  »

Pourquoi les plaintes sont-elles si rares ?

 » Par peur, avant tout « , dénonce d’emblée Philippe Brenot : peur de l’agresseur, de ses menaces, et puis peur de se sentir coupable, jugé, de faire souffrirà Mais aussi sous le joug des normes sociales.  » Regardez le cas de Tristane Banon, son image est ternie avant même qu’elle n’ait porté plainte ! En France, une femme est toujours soupçonnée de mythomanie, voire de manipulation. Nous restons très marqués par Freud, qui pensait que les femmes fantasmaient plus souvent qu’elles ne disaient la vérité, ce qui a été largement invalidé depuis. « 

Les citoyens ont-ils aussi leur part de responsabilité ?

 » Les Français rêvent désespérément d’un président maître de soi, de ses désirs, de ses ambitions, tourné tout entier vers le seul intérêt collectif « , observe le psychanalyste Jean-Michel Oughourlian, auteur de Psychopolitique (éd. François-Xavier de Guibert). Seulement voilà : nous ne sommes plus dans l’Antiquité. Quand les Grecs ont inventé la démocratie, il n’y avait pas la télé, Internet, les sondagesà  » Aujourd’hui, pour être élu, il faut avoir des qualités strictement opposées à cet idéal.  » Savoir séduire, témoigner de l’empathie.  » Une fois au pouvoir, l’homme politique devrait changer radicalement de personnalité, poursuit le psychanalyste. Il y a de quoi devenir fou !  »

Propos recueillis par Julie Joly, avec Benoît Magistrini

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