Pourquoi tu tousses ?

E n Belgique, 15 % de la population souffre de  » rhume des foins « , une inflammation des muqueuses nasales d’origine allergique. Quant à l’asthme, il est la principale cause d’hospitalisation des enfants. Ces maladies résultent d’un croisement entre des causes génétiques (plusieurs gènes ont déjà été identifiés) et environnementales. On sait que les enfants nés de un ou de deux parents allergiques présentent davantage de risques de le devenir à leur tour. Mais on ignore pourquoi ce sera le cas pour certains et pas pour d’autres. Ou pourquoi certains seulement basculent de la rhinite allergique à l’asthme… Le point avec le Pr Olivier Michel, pneumo-allergologue aux cliniques universitaires Saint-Pierre.

Le Vif/L’Express : Quelles sont les principales causes environnementales propres à déclencher des allergies respiratoires ?

E Pr Oliver Michel : Certaines sont liées à l’intérieur de nos habitats. Les acariens y occupent la première place, suivis par les animaux domestiques (surtout les chats), puis par les moisissures. Depuis quelques années, on sait également que les cafards (les blattes) font également partie des allergènes et qu’ils peuvent entraîner un asthme sévère. Dans tous ces cas, autant que faire se peut, le traitement repose en grande partie sur une stratégie d’évitement des causes qui provoquent l’allergie…

Et à l’extérieur des domiciles ?

E Les moisissures, qui forment un monde excessivement complexe, constituent un groupe dangereux. Certaines, comme les Alternatia tenuis, que l’on trouve de fin août à septembre, provoquent parfois des asthmes sévères : aux Etats-Unis, plusieurs décès d’enfants leur sont dus. Mais les allergènes qui provoquent le plus grand nombre de cas d’allergie sont liés aux pollens, ceux des graminées (elles posent problème de mi-mai à fin juillet) et des arbres. Le bouleau sévit tout le mois d’avril. Quand la météo est clémente, dès la fin de janvier, les noisettiers se rappellent déjà à ceux qui ne supportent pas leur pollen. Sans être très fréquentes, ces allergies sont souvent couplées à des allergies alimentaires : aucune noisette, aucun fruit sec, petit pois, lentille ou même arachide ne vont plus pouvoir être consommés ou, encore, aucun fruit à noyau (pomme y compris). On parle alors d’allergies croisées.

L’environnement et la pollution ont également été incriminés. A raison ?

E Nous sommes tous exposés à des agents de pollution et certains travailleurs du nettoyage, par exemple, utilisent des substances chimiques parfois problématiques. Cependant, de façon très générale, les paramètres de la pollution ne sont pas associés aux risques de développer des maladies allergiques. Ainsi, la qualité de l’air s’est plutôt améliorée, entre 1960 et 2000, à Bruxelles ou dans le Hainaut, mais le nombre de malades asthmatiques a continué à y croître… Des études ont également montré qu’en Allemagne de l’Est, bien plus polluée que l’Ouest, on avait dénombré moins de malades. En revanche, des suspicions planent toujours sur l’oxyde d’azote (avec des facteurs de risque augmentés pour les enfants qui vivent le long de routes très fréquentées) et les particules de diesel.

Un de vos confrères explique que les enfants d’orgine turque qui arrivent dans les écoles allemandes sont moins touchés par les allergies que leurs copains d’école. Mais plus ils s’adaptent et parlent l’allemand, plus cette maladie commence à les frapper ! Il dit donc, en riant, que la langue allemande pourrait figurer parmi les facteurs de risque de l’asthme ! Plus sérieusement, notre mode de vie occidental est plutôt décrié, non ?

E Il est certain que notre mode de vie (y compris nos habitudes alimentaires) contribue au développement des maladies allergiques. Les problèmes de nos sociétés trop  » hygiénistes « , trop protectrices des enfants, ont souvent été évoqués. Mais, a contrario, on constate aussi que les infections virales peuvent aggraver ou exacerber un asthme existant. Vous voyez, ce n’est pas simple !

De manière générale, on pourrait émettre l’hypothèse que la pression exercée sur l’humanité par des infections parasitaires, bactériennes et virales, qui participaient à la construction immunitaire ( NDLR : mais entraînaient un large tribut en termes de décès infantiles) ne s’exerce plus avec la même force. Apparemment, cela mène notre système immunitaire à prendre d’autres voies, y compris celles des maladies auto-immunes (comme le diabète) et de l’allergie. C’est, peut-être, le prix à payer pour avoir, en parallèle, des enfants globalement en bien meilleure santé que par le passé.

Entretien : Pascal Gruber

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