Depuis les révélations sur son logiciel espion Pegasus, la société NSO Group connaît de grandes difficultés. © getty images

Pourquoi les entreprises d’Israël prospèrent dans le secteur de la désinformation et de l’espionnage

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Une société ouverte, l’expérience de l’armée et l’appétence pour les nouvelles technologies expliquent la spécialisation israélienne dans les pratiques d’influence et d’espionnage.

Les officines Team Jorge et Percepto dans le cadre de l’enquête «Story Killers» sur la désinformation, la société NSO sur le mésusage du système d’espionnage Pegasus: Israël serait-il un terrain propice à l’éclosion de ces activités controversées? Eléments de réponse avec le politologue Stéphane Wahnich, chercheur au sein du laboratoire Analyse du discours, argumentation et rhétorique (Adarr) de l’université de Tel-Aviv.

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Comment expliquer le succès de ce type de sociétés en Israël?

Il y a plusieurs raisons. La première est que la société israélienne est assez ouverte. Donc, on peut observer ces pratiques. En Russie et en Chine, elles sont moins visibles. La deuxième raison est que l’état de guerre en Israël a créé une logique économique de recherche-développement très poussée entre l’armée et les entreprises privées. Une fois qu’ils ont fini leur service, des officiers ou des chercheurs de l’armée israélienne conservent un réseau de relations et lancent des entreprises en commun. Israël est un petit pays. Tout le monde se connaît. A l’origine, Pegasus était un programme de surveillance de l’armée. Il est devenu civil parce que la personne qui l’avait conçu l’a «recréé» dans le privé, même si ce n’est pas exactement le même système. Enormément de personnes ont été formées dans ces domaines, notamment au sein de l’Unité 8200 de l’armée, spécialisée dans la robotique. Quand une personne qui a l’expérience de l’espionnage militaire en rencontre une autre douée en informatique et que les deux créent une start-up, cela peut donner un outil comme le système Pegasus. Cela peut aussi déboucher sur la création de Waze, l’application d’assistance à la navigation…

L’état de guerre a créé une logique économique de recherche-développement très poussée entre l’armée et les entreprises privées.

Y a-t-il une volonté de la part du gouvernement israélien de réglementer ces activités?

Sur des logiciels comme Pegasus, la réponse est non parce que le problème n’est pas l’outil mais l’usage qui en a été fait. A l’origine, c’est un système pour lutter contre le terrorisme. En ce qui concerne Team Jorge et Percepto, il faut distinguer les activités d’influence sur Internet, auxquelles tout le monde s’adonne, et celles qui ont trait à l’espionnage (boîtes mail violées, envoi de faux messages…). Sur cet aspect, l’Etat est peu regardant pourvu que ce ne soit pas mené à l’intérieur d’Israël ou dans des pays amis, comme l’Union européenne et les Etats-Unis. Ces pratiques sont peu régulées. Il faut qu’il y ait une dénonciation pour que la justice commence à s’inquiéter. Cela pourrait néanmoins poser un problème à un moment parce que pas mal de petits «barbouzes», forts de leur expérience militaire, trouvent de quoi vivre à travers ces pratiques, notamment en Afrique.

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