Pourquoi elles préfèrent le rose

Pendant des millénaires, les hommes chassaient et les femmes cueillaient des baies. Une division des tâches qui explique notamment pourquoi les femmes sont plus efficaces en shopping.

La répartition ancestrale des tâches serait aussi à l’origine de la préférence des femmes pour la couleur rose. C’est ce que mettent en évidence deux expériences. La première a été menée, dans un marché fermier, par le Pr Joshua New et ses collègues de l’université Yale (Etats-Unis). Le Pr New a demandé à 41 femmes et 45 hommes de se promener, individuellement, au long de 90 étals. A la fin, chacun devait en visiter six, avec, chaque fois, dégustation d’un produit à la clé. Les volontaires devaient exprimer leur avis sur ce produit, signaler s’il entrait dans leurs habitudes alimentaires, juger de l’attrait du stand et préciser si, auparavant, ils y avaient déjà fait des emplettes. Après avoir visité les six échoppes, New a conduit les 86 volontaires au centre du marché et leur a demandé d’indiquer ces étals un par un, au moyen d’une flèche sur un cadran. Ils devaient aussi évaluer leur propre sens de l’orientation.

Les calories améliorent la mémoire En moyenne, les femmes étaient plus précises de neuf degrés que les hommes pour indiquer chaque étal : un écart significatif si l’on doit parcourir une certaine distance pour atteindre un lieu. Les femmes connaissaient-elles mieux le marché que les hommes ? Non. S’estimaient-elles dotées d’un meilleur sens de l’orientation ? Pas davantage, puisque les hommes se considèrent meilleurs sur ce plan ( lire l’interview sur la tendance systématique des femmes à se sous-estimer). Alors ? Joshua New suggère que les femmes sont plus performantes que les hommes pour localiser une catégorie d’aliments : celle qui, contrairement au gibier, ne se déplace pas. Exemple : les baies. Cette compétence semble être distincte de celle qui permet de bien se repérer dans l’espace ; une aptitude nécessaire aux hommes qui chassaient dans la nature. Le fait qu’il s’agisse de deux aptitudes bien distinctes a d’ailleurs été confirmé par le second volet de l’expérience. En effet, plus un produit était calorique, plus les volontaires de New étaient capables d’indiquer sa localisation avec précision. Et cela valait pour les deux sexes (même si les femmes réalisaient un meilleur score). La préférence des  » cobayes  » pour telle ou telle nourriture n’interférait pas dans les résultats. Pas plus que l’apparence de l’étal et la fréquence des visites dans le passé. Seule la valeur calorique semblait jouer. Reste à décrypter le rôle du rose. Anya Hurlbert et Yazhu Ling, de l’université de Newcastle, ont découvert que les préférences pour les couleurs transcendent les différences sexuelles et culturelles. Leur étude, menée sur un échantillon de jeunes d’origine britannique et chinoise des deux sexes, en témoigne. Lorsqu’on leur demandait leurs préférences en matière de couleur, les femmes se prononçaient en faveur des nuances de rouge, les hommes penchaient pour la gamme des bleus et des verts. Leur origine n’influait pas les résultats. La préférence pour les couleurs serait donc davantage d’ordre biologique que culturel. Les deux chercheuses relèvent que la plupart des fruits et baies ont des couleurs de cette gamme chromatique : rouge, rose, violacé… Une préférence marquée pour le rouge, le rose et les couleurs associées – en contraste surtout avec le vert – pourrait donc procurer un avantage aux personnes qui cueillent ce genre de baies. Et voilà comment les femmes peuvent parfois se repérer aussi bien dans un supermarché qu’en pleine nature…

The Economist/ Trad.-adapt. : F.J.O.

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