Pour rêver et grandir

Du rire, de l’émerveillement, du frisson et des jeunes frimousses devant les rideaux rouges : c’est Noël au théâtre, un festival à Bruxelles et une opération dans toute la Wallonie, soit près de 150 représentations

Parcourir l’affiche du festival Noël au théâtre, c’est immanquablement jongler avec toutes les métaphores de saison ! Neige, avalanche, cadeaux, guirlandes, hotte… pour lancer cette brassée de formidables spectacles destinée aux petits et à ceux qui se disent grands. La 24e édition de ce festival de théâtre pour jeune public, toujours imaginée par la Chambre des théâtres pour l’enfance et la jeunesse (CTEJ, réunion d’une cinquantaine de compagnies, créée en 1976), regroupe 18 spectacles différents dans 5 lieux de Bruxelles ( lire l’encadré) et 46 manifestations en Wallonie. Les spectacles pour les jeunes publics sont cousus main par des artistes polyvalents, d’un professionnalisme à toute épreuve, capables en un tour de passe-passe de transformer un gymnase ou une salle de classe en un lieu de tous les possibles. Leur art égrène de multiples formes, le chant, la danse, la marionnette, le mime, le théâtre… Tous les sens sont sollicités et l’imagination part inévitablement à l’abordage du manque de moyens.

Nombre de spectacles proposés ont été créés l’été dernier aux Rencontres pour jeune public de Huy, en grande partie réservées aux professionnels. Récompensés là-bas, ils s’offrent aujourd’hui à tous. D’autres, par contre, nous arrivent tout chauds, tout neufs. Parmi sept créations, Les Mariés de la tour Eiffel, un inclassable et très drôle objet de parodie théâtrale et musicale, prend avec une bonne dose d’ironie les expressions au pied de la lettre et les retourne comme des crêpes sur… la prise d’une photo d’un mariage ! C’est daté de 1921, mais sans une ride, et signé Jean Cocteau, Francis Poulenc, Darius Milhaud et leurs compères du groupe des Six. La présidente de la CTEJ, Margarete Jennes, met elle-même en scène ce spectacle adapté par Carine Ermans et interprété par les magiciens de l’ombre du Théâtre du Tilleul (à partir de 7 ans, aux Tanneurs).

Si le rêve par l’humour est un des axes fertiles de Noël au théâtre, l’affrontement de questions graves, souvent indicibles, en est un autre : on attend beaucoup de Cloisons, des délicats artisans d’Une Compagnie (chorégraphie d’Elena De Vega et texte de Frédérique Dolphijn), qui vont s’aventurer dans les eaux mouvantes de l’inceste (à partir de 12 ans, au centre culturel Jacques Franck). Leur complice de toujours, Thierry Hélin, lui, taillera en pièces… un lit : du rêve au réveil, de l’enfant à l’adulte, c’est Saletam (à partir de 8 ans, au centre culturel Jacques Franck). Quant au Théâtre du Public, il n’hésitera pas à plonger dans les soubresauts de la tragédie qui oppose Israéliens et Palestiniens : Terres promises, au pluriel… (à partir de 14 ans, à Pierre de Lune, au Botanique). Et on découvrira encore, par Arts et Couleurs, Marie des grenouilles en quête d’un prince charmant et… de la paix (à partir de 7 ans, au centre culturel Jacques Franck), ainsi que Petite S£ur qui s’ouvre au monde, par le Théâtre Oz (à partir de 5 ans, à Pierre de Lune, au Botanique), et les Gitans de la Compagnie pour rire : tréteaux, humour et tendresse pour évoquer la xénophobie (à partir de 6 ans, à La Montagne magique).

Les étoilés de l’été

Aux côtés de ces créations, Noël au théâtre reprend une belle part des  » étoilés  » des Rencontres de Huy. Les petits mômes (dès 3 ans) deviendront des fans de l’inimitable compagnie flamande Iota qui affine sa manière d’inviter les enfants dans le monde des perceptions : pas un mot dans 3 x 4, mais des corps dansant sur les Quatre Saisons de Vivaldi : lumineux (à La Montagne magique) ! Du chant, de la musique encore dans le beau et complexe Peloux et Peluch’ons, mais des mots aussi, non pour leur compréhension, mais comme composantes d’un univers sonore et plastique, avec un clin d’£il à Miró et à Calder pour l’écrin coloré et mobile (dès 3 ans, à La Montagne magique). Avec trois fois rien, feuille de laitue, fromage…, Arts et Couleurs joue L’histoire est sur la palissade : quand Tralala, un petit Babybel, aime Mimolette ! Et l’on partage leur mention hutoise  » pour le délire humoristique offert aux petits  » (dès 3 ans, à Pierre de Lune, au Botanique).

Avec deux années de plus, les enfants entreront dans la yourte très poétique d’une femme peintre (magnifique Marianne Hansé, comédienne et auteur) pour y suivre, par le trait, par le mot, les histoires qui trottent dans sa caboche autour d’êtres chers et lointains. Doux, mélancolique, intime, ciselé par le Théâtre de la Galafronie : On pense à vous (à partir de 5 ans, au Théâtre national). Ils pourront aussi se glisser dans la fable animalière du  » cureuil « , du  » fourbi  » et de  » l’éphant « …, d’après les histoires délirantes de Toon Tellegren, gaillardement assumées par la compagnie des Mutants et l’ensemble Leporello avec Savent-ils tout ? (à partir de 8 ans, à La Montagne magique).

Quant aux adolescents, que Noël au théâtre ne laisse aucunement sur la touche, ils devraient être survoltés et troublés par un intelligent et très rock’n’roll Stone !, du Théâtre de la Guimbarde. Le sujet ? Le mal de vivre, l’ennui de l’adolescence et ses dérapages jusqu’à l’irréparable, joué par trois musiciens-comédiens hors norme (à partir de 12 ans, à Pierre de Lune, au Botanique). Autre spectacle choc pour les grands, ces drôles de Croisés de Dieu (de tous les dieux) mutilés en tous sens, internés pour suivre moult thérapies et récolter des fonds ! Le Théâtre Agora, de Marcel Crémer, venu de la Communauté germanophone, frappe fort, sans concessions, au plexus des aliénations d’un monde devenu fou. Du réalisme avec les seuls moyens de la scène (à partir de 15 ans à Pierre de Lune, au Botanique).

Cette sélection (certes subjective) des spectacles à Bruxelles se retrouve en partie à travers toute la Wallonie. S’y ajoutent aussi nombre d’autres excellents spectacles récents.

Michèle Friche

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