Pour la reine Catherine

Trois ouvrages lèvent le voile sur celle qui ne sut empêcher la Saint- Barthélemy. Et en dressent un portrait moins noir que sa légende

Catherine de Médicis, par Jean-Hippolyte Mariéjol. Tallandier, 648 p. Catherine de Médicis, le pouvoir au féminin, par Thierry Wanegffellen. Payot, 446 p. Le Haut C£ur de Catherine de Médicis, par Denis Crouzet. Albin Michel, 640 p.

Quand elle évoquait le massacre de la Saint-Barthélemy, Catherine de Médicis parlait benoîtement, parfois, de  » mutation « . Or, cette reine de France, à qui Alexandre Dumas fit la plus noire réputation, n’employait pas les mots au hasard. Faut-il en conclure qu’elle méconnaissait l’horreur des tueries ? Qu’elle s’en accommodait, puisque, de son vivant déjà, on lui attribuait un goût prononcé pour les complots, la magie et les poisons ? Ou qu’elle n’eut, à l’inverse, aucune part au massacre ? Il n’est pas surprenant que, mystérieuse, elle ait passionné autant les historiens que les romanciers. Et, cet automne encore, trois livres importants poursuivent l’enquête ou prononcent le verdict.

Le premier, de Jean-Hippolyte Mariéjol, collaborateur du grand historien Lavisse, est la réédition, bienvenue, d’une biographie datant de 1920 et considérée comme un classique. Pour l’auteur, qui trace de son personnage un portrait plutôt nuancé, aucun doute n’est pourtant possible : Catherine prit l’initiative, ou accepta, de faire tuer les chefs du parti protestant. Et si, au dernier moment, selon les Mémoires d’un de ses contemporains, elle  » se fût volontiers dédite « , ce n’était pas par réaction d’humanité. Par peur, simplement.

Femme d’Etat clairvoyante

Thierry Wanegffelen, professeur à Clermont-Ferrand, est moins affirmatif. A ses yeux, dans un procès d’aujourd’hui, son avocat plaiderait, avec des chances d’être entendu, le doute légitime : rien ne permet de  » charger  » Catherine de Médicis, mais rien ne permet de la disculper à coup sûr. Et si on l’a trop souvent rendue seule responsable du massacre, c’est  » par antiféminisme et gynophobie politique [sic] avérée « . Pour le reste, elle a agi en femme d’Etat clairvoyante dans un pays en état de guerre civile.

C’est le thème que reprend, dans un livre d’un accès parfois difficile, un autre professeur, Denis Crouzet, spécialiste des guerres de Religion. Il y a consacré plusieurs ouvrages avant ce Haut C£ur de Catherine de Médicis, titre tiré d’un poème de son époque qui la décrivait fermant  » à nos troubles la porte « . Le portrait est donc plutôt favorable, inattendu, renversant l’image traditionnelle.

La reine Catherine, dont l’auteur a étudié les milliers de lettres, apparaît comme une humaniste, héritière de la Renaissance italienne, qui rêve de réconciliation et de paix. En un temps où l’on s’étripe au nom du même Dieu, elle convoque des états généraux à Pontoise, organise un colloque de théologiens à Poissy. Rien n’y fait. Les deux camps se précipitent vers le pire. Qui préparera ou permettra le massacre ? Le pouvoir royal, en tout cas,  » suit le mouvement de l’Histoire « . Il admet la violence, la couvre, dans l’espoir de réorienter le royaume vers la paix. Henri IV poursuivra ce mouvement et la monarchie, dans l’affaire, se donne une nouvelle légitimité. Mais la  » mutation  » aura été une grande illusion. La violence religieuse est la pire de toutes, puisqu’elle prétend défendre l’Absolu. l

Jacques Duquesne

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