Populaire et fière de l’être

Brillante dans Fau-teuils d’orchestre, Valérie Lemercier célè-bre la comédie,  » le genre le plus intime et le plus difficile « 

Elle a gardé de ses origines rurales une poignée de main solide et même secouante. La fille de paysans est devenue vedette à Paris, où on lui confie la présentation des césars où le supposé  » beau  » monde se pâme devant ses talents de comédienne tout-terrain. Valérie Lemercier vit de beaux moments, tant derrière la caméra (son Palais royal ! a séduit public et critique réunis) que devant, où elle brille une fois de plus dans Fauteuils d’orchestre, la comédie par ailleurs  » sur-écrite  » et  » sous-réalisée  » par Danièle Thompson. Elle y joue une actrice, vedette de la scène et de la télévision qui aimerait ajouter au succès populaire une crédibilité artistique. Elle cherchera celle-ci en poursuivant un réalisateur américain prestigieux (interprété par Sydney Pollack), en pleine préparation d’un film sur le couple Sartre-Beauvoir…

 » Mon personnage est une vraie bosseuse, toujours active, toujours pressée, d’autant plus qu’au fond elle reste insatisfaite, désirant toujours ce qu’elle n’a pas encore : en l’occurrence, un vrai grand rôle dans un film sérieux « , commente Valérie Lemercier. Quand on l’interroge sur le clivage entre culture populaire et culture élitaire tel que le film en fait partiellement son miel, l’actrice réagit prestement :  » Je me souviens d’une conversation avec Dominique Blanc sur le tournage de Milou en mai, le film de Louis Malle. Je lui ai dit qu’après j’allais jouer Un fil à la patte de Feydeau au théâtre du Palais royal. Elle m’a expliqué qu’ainsi je choisissais mon  » camp « , que j’allais dans le théâtre public et qu’on ne pouvait être à la fois là et dans le privé, où se situe soi-disant la création qui n’existerait pas ailleurs… Ce clivage est très français, les milieux restent encore aujourd’hui fermés. Dans les pays anglo-saxons, vous pouvez passer assez facilement de l’un à l’autre. C’est loin d’être le cas chez nous !  » Et de s’énerver un peu :  » Populaire ne signifie pas dépourvu de qualité. Il ne faut pas prendre les gens pour des abrutis ! J’aime les acteurs populaires, comiques, qui apportent de la joie au public. Même si je sais que la comédie, en France, est parfois bâclée. C’est Marthe Keller qui disait qu’aux Etats-Unis un comédien aspire à être dans un bon film, alors qu’en France il pense surtout à être bon dans un film. Car les chances d’en faire un bon, de film, sont plus réduites…  »

Le rire s’exporte-t-il ?

 » Quand James Ivory est venu tourner à Paris, il a été très surpris de constater que les acteurs français de son film n’avaient pas appris leur texte. Alors que, lorsque Patrice Chéreau est allé tourner à Londres, il fut très étonné de constater que ses comédiens britanniques, eux, le connaissaient !  » balance, vacharde, Valérie Lemercier. Inutile de préciser que cet esprit critique s’accompagne d’un grand investissement personnel, non seulement dans l’apprentissage du texte d’un rôle mais aussi  » dans le travail précis de chaque détail verbal, gestuel, de déplacement, toute cette partie dite technique mais sans la maîtrise de laquelle on ne saurait exprimer efficacement ce qu’il s’agit d’exprimer « . Amoureuse de la comédie, l’actrice décrit celle-ci comme  » le genre le plus intime et le plus difficile, car, s’il existe des recettes universelles pour faire pleurer (une mère qui perd son enfant émeut partout), il n’y en a pas pour faire rire. D’ailleurs, les films comiques ne s’exportent pas facilement. Danièle Thompson me racontait que Gérard Oury, voulant engager Peter Sellers pour un film, lui fit projeter La Grande Vadrouille à Londres. Une fois la vision achevée, Sellers se retourna et dit qu’il n’aimait pas du tout, qu’il ne voyait pas ce qu’il pouvait y avoir de comique là-dedans…  »

Louis Danvers

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