Police intime

Xavier Beauvois nous offre avec Le Petit Lieutenant une plongée mémorable dans le quotidien de quelques flics ordinaires… ou presque

Parce qu’il veut  » voir grandir ses enfants « , Xavier Beauvois se garde bien d’enchaîner les tournages, mûrissant plutôt patiemment chaque projet et s’attachant à  » vivre la vraie vie, celle qui doit de toute façon nourrir le cinéma « . Le réalisateur de Nord, N’oublie pas que tu vas mourir et Selon Matthieu n’en est ainsi qu’à son quatrième long-métrage de fiction en treize ans. Le Petit Lieutenant est né de  » l’envie de se frotter au film de genre, le polar, et d’aborder par ce biais le sujet difficile et peu vendeur de l’alcool « . C’est ainsi qu’il a eu l’idée du personnage de Caroline Vaudieu, as de la Crim faisant son retour au service après avoir vaincu un alcoolisme provoqué par la mort brutale et précoce de son unique enfant. Nathalie Baye joue de façon remarquable cette femme de choc qui va s’attacher à Antoine, un jeune lieutenant motivé qui débute dans le métier, et qui a l’âge qu’aurait eu son fils s’il avait vécu…

A la justesse de l’interprétation de Jalil Lespert (apprécié déjà en confident de Bouquet/Mitterrand dans Le Promeneur du Champ de Mars) répond celle d’une peinture de milieu crédible, permise par les recherches personnelles de Xavier Beauvois. Ce dernier s’est en effet lui-même placé  » dans la peau d’un lieutenant, faisant connaissance avec les flics et observant du plus près leur travail sur le terrain, avec les yeux du novice qu’est Antoine dans le film « . Le réalisme du Petit Lieutenant n’est pas sans rappeler celui de L. 627, le film de Bertrand Tavernier. Mais, là où son aîné cultivait une dimension sociologique, Beauvois préfère aller vers l’intime. Si le récit est certes rythmé par la progression d’une enquête criminelle, le c£ur est dans les rapports personnels se développant entre la patronne et son protégé, dans les interrogations, aussi, qui animent cette femme aux blessures mal cicatrisées et ce jeune homme éloigné des siens et dont la candeur subira les assauts du réel.

L’audace de certains rebondissements, la précision du trait, l’authenticité du jeu des comédiens – parmi lesquels Beauvois campe un flic réputé d’extrême droite – font beaucoup pour ancrer Le Petit Lieutenant dans notre mémoire. L’émotion qu’il dégage sobrement, sans effort ni manipulation excessive, fait du film une expérience cinématographique prenante. L’ensemble ayant aussi, potentiellement, valeur d’instantané d’une société en plein questionnement, selon le v£u d’un réalisateur aspirant de  » faire de (ses) films le reflet d’une époque, avec l’odeur de la société à un moment précis, comme celle du sida dans N’oublie pas que tu vas mourir « . Xavier Beauvois a désormais  » des désirs de désert « , et c’est en Afrique qu’il ira tourner son prochain film,  » pas encore écrit mais déjà vécu « …

L.D.

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