Place aux coureurs et aux émotions…

L’affaire Cofidis et le décès de Marco Pantani entachent déjà une saison cycliste qui n’en est qu’à ses premiers coups de pédale

Les plaines australiennes sont habituellement arides et sauvages. Mais, au mois de janvier, elles offrent un cadre idéal à la pratique du vélo. Bienvenue au Jacob’s Creek Tour Down Under, mieux connu dans le monde cycliste sous le nom de Down Under. Certes, l’épreuve n’est pas la mieux classée sur l’échelle de l’UCI (Union cycliste internationale), mais elle est considérée désormais comme l’un des passages obligés pour lancer la nouvelle année cycliste. Toutefois, c’est traditionnellement lors du circuit Het Volk, qui aura lieu ce week-end, que débutera véritablement la saison.

Une saison qui est déjà marquée par des événements peu glorieux, voire dramatiques. L’enquête sur l’équipe cycliste professionnelle Cofidis, où un soigneur et trois coureurs ont été mis en examen, a relancé en effet la polémique sur l’efficacité de la lutte contre le dopage. L’un d’eux, Philippe Gaumont, a décidé de régler ses comptes. Libre de tout contrat avec son équipe, l’ancien vainqueur de Gand-Wevelgem a clamé haut et fort :  » 90 % des coureurs ne sont peut-être pas clairs. J’ai avoué avoir pris des substances : quel coureur cycliste peut dire le contraire ? » Pourtant, il ne  » balancera  » personne :  » Je ne voudrais aucunement m’en prendre aux coureurs, car nous sommes tous victimes d’un système pourri.  » Un système qui a broyé Marco Pantani, découvert sans vie le 14 février. L’Italien ne s’était jamais remis de son exclusion lors de l’édition 1999 du Tour d’Italie pour cause de dopage (lire Le Vif/L’Express du 20 février 2004). Et les présomptions de dopage n’ont pas épargné la Belgique, puisque la justice a décidé de renvoyer Frank Vandenbroucke devant le tribunal correctionnel pour détention de substances dopantes. Une décision qui ne semble pas perturber outre mesure le coureur de Fassa Bortolo : le  » Ploegsteertois  » se consacre pleinement à son énième come-back annoncé au plus haut niveau, en laissant de côté toutes les considérations extra-sportives. Un coureur d’ailleurs très ambitieux, puisqu’il souhaite briller lors du Tour de France – Vandenbroucke rêve déjà du maillot jaune, de victoires d’étape et d’une place honorable au classement général -, du Tour des Flandres et du Mondial, organisé en octobre à Vérone. Espérons que ses moyens seront à la mesure de ses ambitions…

Comme pour VDB, l’intersaison a donné lieu à une série de transferts plus ou moins importants. C’est ainsi que Jan Ullrich et Joseba Beloki, les deux principaux concurrents de Lance Armstrong sur le Tour de France, ont décidé de rejoindre des équipes encore plus gourmandes. Après un passage d’une année au sein de Team Bianchi, Jan Ullrich retourne à ses premières amours et renoue avec T-Mobile et son directeur sportif porte-bonheur, Walter Godefroot. L’Allemand avait impressionné, l’an dernier, lors de son retour au premier plan et axe toute sa préparation pour s’imposer dans la Grande Boucle. Joseba Beloki, qui a rejoint l’équipe française de la Brioches-La Boulangère, aura droit, lui aussi, à la plus grande attention du peloton en juillet prochain.

N° 1 au classement UCI en 2003 et premier coureur à remporter trois épreuves de la Coupe du monde la même année, Paolo Bettini a quitté Fassa Bortolo pour faire partie du dream team emmené par Patrick Lefevre. Chez Quick-Step-Davitamon, le Toscan partagera la vedette avec Richard Virenque et Johan Museeuw. Enfin, le nouveau champion du monde en titre portera lui aussi, en 2004, un nouveau maillot : Igor Astarloa a rejoint la Cofidis et espère décrocher de grandes victoires lors de chacune des manches de la Coupe du monde.

En route pour l’or olympique

Si les dix classiques comptant pour la Coupe du monde – dont le Tour des Flandres (4 avril) et Liège-Bastogne-Liège (25 avril) – rythmeront naturellement la saison 2004, tous les regards se tourneront, cette année encore, vers le Tour de France. Une édition particulière pour la Belgique, puisque celle-ci aura des accents wallon et liégeois. En effet, la Cité ardente accueillera le prologue et le départ de la course. La deuxième étape reliera Charleroi à Namur, tandis que le départ de la troisième étape sera donné à Waterloo. Une épreuve qui pourrait devenir historique si Lance Armstrong parvient à s’imposer une nouvelle fois. Un sextuple trophée consacrerait le Texan comme le lauréat du plus grand nombre de victoires, devant Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain. Le leader de l’US Postal a programmé toute sa saison en vue du rendez-vous français, même si l’Américain souhaite tout de même s’aligner lors du contre- la-montre aux prochains Jeux olympiques et tenter ainsi de gagner une médaille d’or.

Si Peter Van Petegem n’avait pas été au rendez-vous en 2003, le cyclisme belge aurait connu une saison bien terne. Le coureur flandrien a endossé le costume de leader courageux et audacieux, alors qu’il avait tendance à  » traîner  » l’image d’un excellent coureur tapi dans l’ombre de Museeuw. Champion incontesté de l’équipe Lotto-Domo, inchangée, il sera incontestablement l’homme à battre dans les classiques du Nord. Pourtant, faire aussi bien qu’en 2003 n’ira pas sans mal (doublé Tour des Flandres/Paris-Roubaix, une place sur le podium lors des Championnats du monde). Une perspective qui ne fait pas peur à Van Petegem qui jette également son dévolu sur… l’épreuve olympique dont le parcours semble taillé à sa mesure.

Les supporters belges assisteront également au dernier tour (des Flandres) d’honneur de Johan Museeuw, une dernière campagne de classiques avant de ranger définitivement son vélo lors du Grand Prix de l’Escaut le 14 avril prochain. A 38 ans, le Lion des Flandres a travaillé d’arrache-pied durant tout l’hiver pour être fin prêt et remporter une troisième fois le circuit Het Volk. Ensuite, il espère passer le relais à son partenaire et ami chez Quick-Step, Tom Boonen. Troisième du Tour du Qatar, début février, celui-ci est considéré comme le successeur de Museeuw. A 23 ans, Boonen dispose, à présent, de tous les atouts pour s’imposer dans les grandes classiques.

La jeune garde belge compte bien jouer des épaules au sein du peloton. A 21 ans, Philippe Gilbert semble déjà prêt à relever les défis proposés par son directeur sportif pour sa deuxième saison chez les pros. A ses côtés, d’autres espoirs recevront, cette saison, une première chance dans des équipes professionnelles : le Verviétois Michaël Blanchy (22 ans) rejoint l’équipe belge Chocolat Jacques, tout comme Igor Abakoumov (un Brabançon d’origine ukrainienne) ; Sébastien Rosseler évoluera chez Bodysol, tandis que Maxime Monfort, 20 ans seulement, défendra les couleurs de Bulens. Enfin, comment ne pas évoquer le cas de Fabien De Waele, vainqueur de l’édition 2002 de la Flèche brabançonne. A 28 ans, des problèmes cardiaques l’ont décidé à abandonner la course. Les cardiologues l’autorisent toujours à pratiquer le vélo, mais le Flandrien estime que  » la vie est bien trop importante à ses yeux, pour prendre le moindre risque « . Une attitude noble et responsable dans une discipline qui exalte parfois trop les performances et la compétition… l

Laurent Toussaint

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