Petits jeux entre amis

Deux fois par an, depuis douze ans, ils se retrouvent pour jouer à des jeux vidéo. Cinq jours et quatre nuits de déconnexion totale.

Leur dernier meeting s’est passé il y a peu. Une vingtaine d’amis, cousins, beaux-frères et collègues, se sont donné rendez-vous dans un gîte pour leur 25e  » Netday « . C’est le nom qu’ils ont donné à ce week-end prolongé où ils viennent jouer, deux fois par an, à des jeux vidéo en réseau. On aurait pu parler de LAN Party (pour Local Areas Network, réseau local), le nom habituel de ce type d’événement,  » mais ce terme fait débat au sein du groupe, et on a toujours travaillé sur le principe que si quelque chose déplaît à l’un, on ne le fait pas « , confie l’un d’eux.

Qu’est-ce qui peut donc bien motiver ces adultes de 27 à 44 ans, informaticiens, enseignants, fonctionnaires, comptables, banquiers, à  » s’enfermer  » cinq jours et quatre nuits durant pour jouer, entre autres, à se tuer ou à faire la course ? La passion du jeu, certainement, avec toute l’adrénaline qu’elle procure. Mais ces rendez-vous qu’aucun ne raterait sont avant tout une expérience humaine, et une pause dans la vie de tous les jours. On est bien loin des clichés.

 » On associe souvent les joueurs de jeux vidéo à des asociaux, des gens dans leur trip, cloîtrés chez eux. C’est vraiment une idée reçue !  » commente un autre.  » Sinon, pêcher tous les dimanches sans parler à personne ou faire des Sudoku, c’est aussi asocial…  »  » Notre LAN party, c’est du réel, pas du virtuel. On communique beaucoup, on crie, on plaisante, les éliminés restent en général spectateurs pour encourager les autres…  » Ambiance garantie.  » C’est d’ailleurs pour cela qu’on choisit un gîte au milieu de nulle part, car ça nous est arrivé de crier comme des dingues à 4 heures du matin !  »  » Et puis je vous rassure, on se lave !  » ajoute-t-il. Encore un autre cliché qui les fait bien rire.

Séminaire informatique, disent-ils

C’est que vingt hommes jouant sur des PC dans un gîte, ce n’est pas forcément banal…  » Aujourd’hui, nous assumons et, quand nous en parlons, les gens nous envient un peu. On dort à des horaires décalés, on n’a pas vraiment de règles, c’est un esprit festif avant tout « , nous expliquent-ils.  » Cela dit, quand nous avons commencé, et que nous avons loué nos premiers gîtes, nous ne disions pas que c’était pour des jeux vidéo, mais pour un séminaire informatique pour adultes. « 

La plupart sont des jeux d’action, avec en tête le Counter-Strike, dont ils révèlent les meilleures cartes sur leur site (www.netday.be). Et là aussi, si l’on n’a pas goûté, difficile de comprendre qu’un des jeux favoris consiste à tuer.  » Ce qu’on aime ici, c’est l’immersion très forte, car on est dans la peau du personnage, on voit à travers ses yeux. Il y a par ailleurs beaucoup d’adrénaline et une grande notion de risques, une compétition. C’est un jeu coopératif et très fédérateur, avec beaucoup de stratégie. Il y a toujours un scénario. Ce n’est pas tuer tout le monde et tout le temps. Ce jeu s’appuie sur la complémentarité des compétences et sur les synergies qui doivent se mettre en place pour arriver au but. « 

Jouer fait aussi intervenir des aspects psychologiques.  » Quand on joue, une facette de la personnalité de chacun se révèle. On sent par exemple qu’il y a des leaders, acceptés ou non, des électrons libres… On se connaît bien et, en fonction de qui est dans l’autre équipe, on peut anticiper les réactions. D’ailleurs, dans les championnats de jeux vidéo, les professionnels – ce que nous ne sommes pas – étudient leurs adversaires à l’avance.  » Didier, Phil, Fred et les autres sont unanimes : ces jeux en réseau développent de meilleurs réflexes, une meilleure acuité.  » Les joueurs qui font la différence sont clairement ceux qui ont de meilleurs réflexes.  » En attendant le prochain Netday avec grande impatience, chacun est retourné à sa vie active avec le plein d’endorphines.

LILIANE FANELLO

 » Les joueurs qui font la différence sont clairement ceux qui ont de meilleurs réflexes. « 

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