Pas si pauvre, l’artiste !

Une vingtaine de millions de dollars chaque année… Voilà ce qu’aurait encaissé le génie viennois s’il avait vécu sous notre régime de droits d’auteur. Passages à la radio – longtemps, les héritiers de Ravel ont perçu 10 millions de francs par an, or ce musicien est quatre fois moins écouté que Mozart – concerts publics, tournées, utilisations publicitaires… De son côté, Gérard Mortier, patron de l’Opéra de Paris, a fait le calcul : ce que Mozart a reçu pour Don Giovanni, c’est environ 14 000 A d’aujourd’hui. Mozart donc, s’il n’a pas construit de fortune, n’est pas non plus mort dans la misère, contrairement à la légende. Certes, il eut des bas, mais aussi des hauts :  » Je crois que mon fils, s’il n’a pas de dettes à payer, pourrait déposer 2 000 florins à la banque, écrit, en 1785, Leopold à Nannerl ; l’argent y est sûrement.  »

La chère est bonne, l’appartement agréable, Mozart exigeant sur sa toilette : un manteau gris souris, un habit de drap bleu avec fourrure, quatre vestes diverses, neuf paires de bas de soie, quatre cravates blanches, etc., énumère l’inventaire de ses biens après décès. Ni pauvre, donc – endetté, certes : Constance prend les eaux, Mozart perd-il au jeu ? – ni méconnu. Mais les succès de L’Enlèvement au sérail, des Noces, de Don Giovanni ne sont pas les cash machines qu’ils auraient constituées de nos jours. En effet, les droits d’auteur n’existant pas, seule  » rapportait  » la vente des partitions aux éditeurs de musique : pour les six Quatuors dédiés à Haydn, l’éditeur Artaria lui verse 450 florins (1 florin égale une petite vingtaine d’euros). La rémunération des opéras est forfaitaire : 450 florins pour Les Noces (9 000 A !). Et le compositeur ne pouvait donc obtenir de rétribution que  » s’il jouait ou dirigeait sa musique « , explique H. C. Robbins Landon dans 1791. La dernière année de Mozart. Ces concerts donnés au profit de la noblesse lui rapportèrent de 500 à 1 500 florins. Auxquels, à la même époque, s’ajoutèrent les leçons de piano (27 florins par mois), puis, à partir de 1787, le salaire de musicien impérial : 800 florins, bien moins que les 2 000 de Gluck, son prédécesseur. Au total, durant ses années viennoises, Mozart, selon Landon, aurait gagné de 2 000 à 6 000 florins par an (contre 12 pour sa servante à Vienne, 300 pour un instituteur). Pas Mick Jagger, donc. Mais pas si mal.

Sabine Delanglade

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