« Pas de pouvoirs spéciaux dans l’immédiat »

L’ère Van Rompuy préfigure un certain retour aux recettes qui ont fait la force de Dehaene : mutisme et retenue. Le Premier ministre en fait un facteur crucial de réussite. Ce n’est pas gagné. Interview.

Le Vif/L’Express : La déglingue des finances publiques nous ramène-t-elle vingt ans en arrière ?

>Herman Van Rompuy : Notre déficit structurel, estimé entre 6 et 7 % du PIB, sera de la même ampleur que celui que nous connaissions en 1993. Mais, à l’époque, la moitié de l’effort accompli pour revenir à l’équilibre a pu se faire en profitant de la baisse des charges d’intérêts. Aujourd’hui, il faudra supprimer le déficit structurel sans pouvoir faire appel à la diminution des charges d’intérêts. Ce qui revient à doubler l’effort à fournir par rapport au temps du Plan global de 1993. On a tout intérêt à aller vite, mais sans précipitation. Croire que l’on va résorber ce déficit sans efforts de chacun de nous, c’est un leurre. Ou alors, que l’on me donne la recette…

Rigueur ou austérité ?

> Privatisation ou consolidation stratégique ? Je n’entre pas dans ce jeu de mots. J’ignore la différence qu’il y a entre la rigueur et l’austérité. Ce qui importe, c’est de dire que le problème est surmontable. On l’a fait dans le passé.

Il revient une fois de plus à un Premier ministre CD&V d’assumer l’austère devoir du redressement budgétaire. Après Martens et Dehaene, cela devient une fatalité ?

> La fatalité du CVP est simplement d’avoir été constamment au pouvoir jusqu’en 1999, excepté de 1954 à 1958. Et nous y sommes revenus.

L’austérité ou la rigueur budgétaire, c’est un éternel recommencement ?

> Il y a beaucoup de différences. Dans les années 1970, il fallait se désintoxiquer des golden sixties. De cette époque qui n’était pas celle du plein-emploi, mais du sur-emploi ! C’était un monde invraisemblable. On a attendu 1981 pour commencer à assainir les finances publiques : on avait perdu l’habitude ! Dans les années 1990, c’était autre chose : nous n’avions pas d’autre choix que de ramener le déficit à 3 % du PIB pour pouvoir accéder à l’euro.

Aujourd’hui, vous ne pouvez plus vous retrancher derrière un alibi extérieur ?

>Les gouvernements Martens et Dehaene avaient en effet l’atout de la pression externe : la faiblesse du franc belge et la nécessité d’intégrer l’euro. Que les sociaux-chrétiens aient assaini avec les libéraux sous Martens ou avec les socialistes sous Dehaene, les gouvernements étaient coincés. Cela aide.

Comptez-vous vous inspirer de certaines recettes de naguère ? La tentation des pouvoirs spéciaux pour pouvoir se passer du Parlement et agir plus vite…

> Ils ne sont pas nécessaires dans l’immédiat, pour la confection des budgets 2010-2011. Obtenir les pouvoirs spéciaux peut aussi nécessiter des mois de débats parlementaires. Mais je ne préjuge de rien pour la prochaine législature.

Votre retour, disent certains, annonce celui de l’école Dehaene. Le retour aux conclaves budgétaires marathons, isolés de l’extérieur, comblerait votre culte légendaire de la discrétion ?

> On partait de l’idée que la retraite dans un château vous coupait du monde. Mais à Val Duchesse, cet été, j’ai découvert tous ces GSM sous vibreur qui dansaient sur la table ! J’ignorais qu’on les manipulait à ce point. La discrétion sera pourtant essentielle pour réussir l’opération budgétaire. Etaler les débats sur la place publique serait mortel.

L’austérité a toujours plutôt bien réussi au CVP en termes électoraux, non ?

> Effectivement, nous avions progressé de 32 à 34 % des voix au scrutin de 1985, après quatre ans de politique d’austérité conduite par Wilfried Martens. Et en 1995, à l’issue du premier gouvernement Dehaene, le CVP s’est maintenu à 27 % alors que les libéraux, pourtant dans l’opposition, perdaient. Je ne pars pas pour autant du principe que je vais me rendre populaire en assainissant.

ENTRETIEN : P. HX

 » Rigueur ou austérité ? Je n’entre pas dans ce jeu de mots. L’important, c’est de dire que le problème est surmontable « 

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