Panse bête ?

Simple mais très efficace : la mesure du tour de taille permet de détecter les hommes et les femmes qui risquent de développer des maladies cardio-vasculaires. Démonstration via une nouvelle étude belge : Best

Les médecins n’imaginaient sans doute pas que leurs nombreuses années d’études les mèneraient à jouer les couturiers et à faire du mètre ruban l’une de leurs armes de prédilection. Et pourtant ! Best, une toute récente étude belge, dont les résultats ont été dévoilés cette semaine, confirme qu’une simple mesure du tour de taille est un excellent moyen de prédire les risques cardio-vasculaires.

 » La mesure du tour de taille nous donne une indication précieuse : elle reflète l’accumulation de la graisse viscérale. Or on sait désormais que cette dernière sécrète des médiateurs susceptibles de provoquer une inflammation délétère. A terme, elle entraîne des lésions vasculaires et de l’athérome, avec des pla-ques qui obstruent les artères « , explique le Pr Christian Brohet, cardiologue aux cliniques universitaires Saint-Luc (Bruxelles) et qui a dirigé l’étude Best (avec les Prs Scheen, de Liège, Van Gaal, d’Anvers, et De Backer, de Gand).

Au printemps 2004, plus de 9 500 patients (53 % d’hommes) ont été sélectionnés par 619 médecins. Agés de 45 à 70 ans, ces volontaires n’avaient aucun antécédent de maladie cardio-vasculaire. Tous, en revanche, avaient un tour de taille élevé. Pour être précis, il était supérieur à 94 centimètres pour les hommes et à 80 centimètres pour les femmes. Or Best a clairement révélé que cette donnée permettait d’identifier un risque cardio-vasculaire élevé chez 40 % de ces hommes à la taille enrobée. Quant aux femmes, un quart d’entre elles étaient dans ce cas. Chez ces patients, cela implique une probabilité supérieure à 5 % de mourir d’une maladie cardio-vasculaire dans les dix ans à venir.

 » Ces personnes présentaient aussi un risque plus élevé que les autres de souffrir de diabète de type 2 « , précise le Pr Brohet. De même, elles sont plus souvent concernées par ce que l’on appelle un syndrome métabolique, c’est-à-dire qu’en plus de leur obésité abdominale, elles possèdent au moins deux des facteurs de risque suivants : un niveau trop faible du  » bon  » cholestérol, trop de triglycérides, une hypertension, une intolérance à l’insuline. Dans l’étude, 50 % des patients avaient un syndrome métabolique.

Toutefois, Best ne s’est pas contentée de vérifier le caractère inquiétant d’une panse trop imposante. Les patients qui l’ont souhaité ont bénéficié d’un suivi de six mois, comprenant deux visites médicales avec conseils de traitements.  » L’objectif consistait à améliorer le profil des facteurs de risque chez ces malades, précise le cardiologue. Sur ce point, il faut bien admettre que nous butons face à l’immense difficulté de modifier leurs habitudes de vie. Une majorité des 1 700 personnes qui se sont rendues à la 3e visite médicale conservaient une surcharge pondérale importante et/ou une obésité. Parmi elles, le tabagisme avait diminué (passant de 37 à 31 %), mais de manière encore insuffisante à nos yeux. En revanche, de manière plus satisfaisante, le risque cardio-vasculaire global avait diminué, passant de 54 à 43 %.  » En fait, cette belle décrue était due… aux bienfaits des médicaments prescrits. L’hypertension et les taux de lipides, deux facteurs de risque principaux, étaient désormais davantage sous contrôle chez certains patients. En particulier, ceux qui, auparavant, ne prenaient pas de statine (une molécule destinée à diminuer les taux trop élevés de cholestérol) et qui s’en étaient vu prescrire, avaient baissé de 37 % leur LDL ( » mauvais « ) cholestérol, pour 7 % chez ceux qui avaient suivi un régime alimentaire visant au même résultat.

Dernier enseignement de l’étude Best : à côté des patients prêts à se soigner (sinon à faire davantage attention à leur alimentation, à combattre leur sédentarité et à cesser de fumer), ces résultats confirment l’existence d’un grand nombre de malades qui s’ignorent ou, à tout le moins, font comme si de rien n’était. Pas de prise de traitement contre l’hypertension, ou traitement non complété par une prise régulière de la tension artérielle, pas de résultats satisfaisants en matière de cholestérol… Pour vaincre les maladies cardio-vasculaires, le défi reste de taille. C’est le cas de le dire.

Pascale Gruber

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