Où ? Quand ? Comment ?

En amont du trafic, il y a évidemment des cambriolages chez les particuliers et dans les musées mais aussi, moins médiatisés, quantité de pillages d’églises et de sites archéologiques.

La majorité des objets d’art volés le sont dans des habitations privées (67 %), au préjudice des particuliers. Le profil du voleur et son modus operandi peuvent fortement varier. On retrouve d’abord le  » simple  » voleur. Rarement connaisseur, il est seulement attiré par l’appât du gain ! Il dérobe des £uvres d’art dans un butin global. Celui-là peut facilement embarquer une £uvre sans valeur et abandonner sur place un objet d’une extrême rareté. Il y a ensuite le voleur  » plus futé  » qui emporte principalement de petits objets d’art, pratiques à transporter, peu connus et donc faciles à refourguer. A côté de ces amateurs, il y a le vrai chevronné. Redoutable et spécialisé, il connaît parfaitement les arcanes du marché : les £uvres, les acteurs, les circuits. Il a de nombreux relais (receleurs, transporteurs, revendeurs…) et vise des objets spécifiques pour répondre à des demandes précises.

Largement insécurisées, les églises figurent au top des cibles privilégiées (12 %). Et pour cause : dépeuplés, ces lieux de culte doivent encore, par essence, rester ouverts aux fidèles. Les objets précieux qu’ils contiennent représentent des proies faciles. Même si, tout doucement, des mesures sont prises (heures d’ouverture, mises à jour d’inventaire, installation de système de protection…), le pillage d’art sacré reste plus que jamais d’actualité.

Beaucoup d’objets volés dans des églises françaises se retrouvent à Bruxelles. Au Sablon, mecque des antiquités, deux affaires ont été révélées. La première concerne surtout des sculptures : entre autres des Sedes Sapientiæ, ces Vierge à l’Enfant du XIIe siècle valant chacune sur le marché entre 200 000 et 250 000 euros. Le montant de ce premier butin retrouvé a été estimé entre 2 et 3 millions d’euros ! Le deuxième dossier concerne des objets de culte (ciboires, ostensoirs, calices…) et des statues de moindre importance. Un préjudice beaucoup plus  » modeste  » évalué aux alentours de 100 000 euros.

Généralement bien sécurisés, les musées sont très rarement visés (moins de 1 %). Leurs vols restent néanmoins les plus médiatisés. Et pour cause : les méthodes sont radicales. Logique ! Plus les £uvres sont protégées, plus l’attaque doit être musclée. Il s’agit souvent de vraies pratiques de gangsters… Armés jusqu’aux dents, ils font irruption avec force dans un musée pour repartir quelques instants plus tard avec des tableaux sous le bras.

On se souvient du vol à main armée commis en 2009 au musée Magritte de Jette. La toile du maître surréaliste ( Olympia) qui avait alors été dérobée est toujours recherchée. Il y a quelques années, le musée d’Oslo a été investi par des hommes armés qui étaient repartis avec Le Cri de Munch. En 1998, le musée Chéret de Nice avait aussi été visité par des hommes encagoulés. Armés, ils s’étaient enfuis avec deux tableaux (un Monet et un Sisley). Fait rarissime, c’est le conservateur du musée, Jean Fornéris, qui avait mis en scène le vol avec deux complices. Heureusement, il existe des exceptions. Des vols dans des musées n’usant pas de brutalité. A la place, une bonne dose d’ingéniosité et de la suite dans les idées. En 2000, un homme décide de copier sur place – pratique courante dans les grands musées – le seul tableau de Monet en Pologne ( La Plage de Pourville). Une fois son travail terminé, le faussaire a simplement remplacé l’original par la copie et est reparti avec le  » vrai  » Monet, au nez et à la barbe des surveillants ! L’arnaque a cependant été remarquée après plusieurs jours.

Mais alors, à qui profite le crime dans le cas de toiles de cette notoriété, hyper-recherchées, qui ne pourront donc pas se négocier ? Grillés sur le marché, ces tableaux ne peuvent être revendus sans risques ! On entend souvent qu’ils servent à ce moment de monnaies d’échange lors de transactions entre mafieux (pour garantir une livraison d’armes ou une cargaison de drogue). La criminalité visant les £uvres d’art serait-elle, à son plus haut niveau, liée aux trafiquants de drogue et/ou d’armes ? Axel Poels tempère, convaincu que de tels voleurs ne dérobent pas ces £uvres-là pour les intégrer à d’autres trafics. De l’avis de notre enquêteur, ils sont aveuglément attirés par l’appât du gain et sous-estiment la structure du marché. C’est seulement après qu’ils se rendent compte que c’est invendable en Europe. Ils tentent alors de refourguer l’£uvre en Amérique du Sud, à des personnes qui auraient de très grosses liquidités. Les pontes du trafic de la drogue, par exemple.

Dans le cas de vols de chefs-d’£uvre, une demande de rançon se présente parfois aux propriétaires de l’£uvre ou aux compagnies d’assurances. De toute façon, tôt ou tard, des tableaux de cette importance réapparaissent sur le marché de l’art officiel. Le plus souvent après s’être fait oublier (le temps de deux ou trois générations) en usant du jeu de reventes successives. Un beau jour, un amateur de bonne foi achète le tableau, qui passera entre les mains d’un expert qui lui déterminera que la pièce a bel et bien été volée.

G. GR

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