Opération Robi Draco Rosa

Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

La prochaine sensation sera-t-elle le Latino-Américain Robi Draco Rosa ? Sony Music lance l’idole sur le marché rock anglophone. Rencontre

CD Mad Love, chez Sony, sortie le 26 avril.

En ces temps de guerre mondiale discographique, le  » lancement d’artiste  » est devenu, sinon un sport dangereux, tout au moins une pratique à risques : celle de perdre de l’argent. Visiblement, Sony International croit assez en Robi Draco Rosa, vedette reconnue, entre autres, pour ses tubes à destination de Ricky Martin. La maison de disques lui taille donc une  » campagne promo  » digne d’une nouvelle console de jeux vidéo.

Au showcase de Madrid, dans un club bourré de journalistes et de gagnants de concours affolés par un bar gratuit, Robi Draco Rosa déboule sur scène en veste blanche immaculée, gants et cheveux corbeau, et un air de prince des Caraïbes. A l’écoute du disque Mad Love, qui sort fin avril, on ne sait pas trop à quoi s’attendre. Les titres de l’album û presque tous chantés en anglais û contiennent une brassée de swings sensuels qui évoquent parfois Sting, parfois des mécanismes plus funky. Ce soir, dans la capitale espagnole, ils sont livrés par Robi avec un parfait détachement et une curieuse absence de passion. Le doublé Dancing in the Rain/ Lie Without a Lover semble particulièrement désincarné. On est pourtant en droit d’attendre quelque chose de plus de ce jeune homme né à New York, en 1973, dans une famille portoricaine et déjà titulaire d’un large curriculum showbiz : vedette d’un boy’s band prépubère (Menudo), adepte d' » art-rock  » dans Maggie’s Dream, interprète de Baudelaire dans Vagabundo et auteur de quatre albums solo ayant mis en émoi la communauté latino internationale.

Ce soir-là, à Madrid, deux jours avant le funeste attentat, Robi se tire après une demi-heure de travaux ménagers musicaux et tout le monde repart au bar sans atermoiement. Un coup dans l’eau ? Deux semaines plus tard, Robi débarque à Bruxelles en pull-over vert flash, chemise à petits carreaux, cravate de collégien anglais, pantalon post-punk et chaussures de cuir smart. Fashion-victim ? :  » Je ne suis victime de rien « , lance-t-il, avant d’évacuer tout aussi prestement la question de la prestation madrilène :  » Les showcases, vous savez… « . Entre-temps, on a réécouté les 14 titres de Mad Love avec le plaisir d’y (re)découvrir un sang chaud qui irrigue le corps de chansons braisées funky-rock, avec une pointe hispanique et des ambiances occasionnellement planantes. On y sent trois ou quatre tubes potentiels et un talent pour le crescendo théâtralisé. Robi a le même sens du geste quand il résume sa petite entreprise :  » J’ai d’abord passé une année, soixante chansons et des milliers de dollars, pour rien de bon. Je suis alors reparti à Porto Rico, complètement déprimé.  » Robi finit par retourner à Los Angeles, s’achète une flamboyante bagnole de sport et a la ré- vélation en roulant sur la Pacific Highway, le Bitches Brew de Miles Davis dans la sono.  » Un moment, l’ingénieur du son demande à Miles ce qui se passe, et Miles répond : ôC’est à moi que tu parles ? Enregistre, mec ! » Là, j’ai compris que je n’étais arrivé à rien parce qu’il y avait eu davantage de conversation que de sentiment. Je suis reparti en studio, ai installé des micros à mes deux batteries vintage et on a enregistré de la musique : atmosphère, textures, arômes. Comme disait Camus : ôLa musique est faite pour être sentie et non pas comprise ! » « . Camus, la botte secrète des séminaires Sony ? Peut-être. Entre-temps, Robi est lancé :  » Un homme n’est pas complet s’il ne sait pas affronter les ups and downs, il doit savoir boxer, danser, être parfois fragile, parfois agressif. Sur cet album, tu reçois le bonus de l’amour en plus, gratuitement. Auparavant, je gardais mes histoires privées pour moi-même. Ici, je vais au-delà ! Ce disque est pour les gens qui embrassent la vie et qui comprennent qu’être en vie est un privilège. C’est un disque entre romance, chaos, amour et appréciation de la vérité.  » Sacré vendeur de lui-même, le Rob’ ! A vrai dire, le disque n’est pas mal non plus. Reste à confirmer son talent en scène…

Philippe Cornet

 » Auparavant, je gardais mes histoires privées pour moi-même. Ici, je vais au-delà ! « 

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