» On gêne Fourniret « 

Des yeux enfoncés, un regard animal, un teint jaunâtre, un physique quelconque et une attitude vaniteuse. Voici Michel Fourniret tel que vous ne l’avez jamais vu, croqué par deux dessinateurs présents au procès d’assises.

Ils n’ont pas la même vision que les juges, les jurés et même les chroniqueurs judiciaires. Eux scrutent le moindre détail physique, les mimiques, les postures, les gestes de l’accusé. Ils voient des choses que les autres ne voient pas. Ainsi,  » Michel Fourniret a des yeux très enfoncés dans les orbites, tandis que Monique Olivier, elle, a les yeux très ronds « , souligne Fel, alias Roland Fournel, 34 ans.  » Lui a le teint jaunâtre, elle, gris.  » L’illustrateur français suit le procès de Charleville-Mézières, armé de feuilles à dessin, de crayons, de plumes, de feutres. Lui et ses confrères – ils sont entre quatre et cinq à chaque séance – se trouvent tout près du box des accusés.  » Nous sommes à un mètre cinquante. Par les trous de la vitre pare-balles, je peux même sentir l’odeur de transpiration de Fourniret « , constate Matthieu Gauthy, dessinateur belge de 26 ans.

Pour Gauthy, c’est sa première cour d’assises. Au tout début du procès, le 27 mars, sa main tremblait.  » L’atmosphère était tendue, c’était impressionnant « , avoue-t-il. Le jeune Hutois se dit frappé par le regard du tueur en série.  » Ses yeux bleu clair sont glacials. Le premier jour, il nous fixait, agacé. On devinait qu’on le gênait. Il a un regard dur, animal, qui trahit sa cruauté et la souffrance qu’il a infligée à ses victimes. Bien sûr, je suis influencé par ce que j’ai entendu sur lui, mais on sent tout de même que ses yeux ont bu la mort.  » Plus expérimenté, avec 14 procès d’assises à son actif, Fel avoue avoir du mal à le dessiner.  » Quand je croque quelqu’un, je m’imprègne d’abord, explique-t-il. Avec Fourniret, c’est très difficile : il est insaisissable. C’est un chasseur. Il ne se laisse pas attraper. Il sait comment se protéger des juges, de tout le monde, même des dessinateurs. « 

 » Pour Fourniret, le procès lui appartient « 

Gauthy et Fel soulignent tous les deux le paradoxe entre le physique de Fourniret et les horreurs qu’il a commises.  » Petit de taille, les épaules étroites, il n’est pas du tout imposant, dit le premier. Son physique lui permet de passer inaperçu. Il a même un look plutôt rassurant.  »  » Il ressemble à un papy, renchérit le second. A première vue, il paraît sympa.  » Mais son comportement le trahit.  » La plupart du temps, il reste sans bouger, les bras croisés, les yeux fermés, comme s’il se formait un bouclier « , constate Gauthy.  » Son attitude révèle sa vanité et son arrogance, ajoute Roland Fournel. Il regarde tout le monde de haut, droit dans les yeux, même la maman en colère d’Elisabeth Brichet. Il semble mépriser la terre entière. « 

Quand on projette sur grand écran la vidéo et les photos des ossements de la petite Namuroise de 12 ans, découverts au château du Sautou, il regarde encore,  » sans baisser la tête, avec un semblant d’intérêt, comme s’il s’agissait d’un documentaire animalier à la télé « , raconte Gauthy. Les images morbides ne le dérangent pas, au contraire. En revanche, sa réaction est différente lors de la projection de ses interrogatoires par les inspecteurs de Dinant. Là, il détourne le regard, ferme les yeux.  » C’est un technicien. Tout est calculé chez lui, affirme Fel. Pour lui, ce procès lui appartient. Il en est la vedette et veut en profiter, se montrant par moment cabotin, contrairement à Monique Olivier qui, la tête toujours baissée, les épaules rentrées et le regard hébété, joue la victime tout au long des débats. « 

Fel et Gauthy ne sortiront pas indemnes d’une telle expérience. Mais ils auront acquis un regard plus acéré sur l’être humain dans toute sa monstruosité.

Thierry Denoël

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