Olmert, la poigne en gants blancs

L’ancien maire de Jérusalem ne s’est pas fait que des amis. Ce grand bourgeois a-t-il l’étoffe pour succéder au  » bulldozer  » Sharon ?

Or, dans les travées du marché Mahane, Yehuda, la place forte du Likoud à Jérusalem, théâtre des empoignades braillardes et chaleureuses du petit peuple séfarade, l’ascension d’Olmert suscite des réactions en demi-teintes. Tout le monde ici se souvient que, voilà peu, l’ancien maire avait suggéré qu’Israël renonce à quelques quartiers excentrés de Jérusalem-Est, notamment ceux situés au-delà du mur de séparation.  » Très bonne idée, s’exclame Moshé, un vendeur de légumes d’origine irakienne. Que les fatahwi [membres du Fatah] restent entre eux. Du moment que l’on garde Wadi Joz, le quartier des mécaniciens, je veux bien qu’Olmert leur donne tout le secteur Est.  » Sur l’étal d’à côté, Dov, un colosse débarqué du Maroc à l’âge de 17 ans, désapprouve bruyamment.  » Olmert est un raté. Il n’a pas la carrure d’un homme politique ni celle d’un militaire. Je ne veux pas de lui comme Premier ministre car il n’a jamais été un véritable likudnik.  »

C’est un fait. L’ex-édile, qui dit souvent à voix haute ce que Sharon pense tout bas, n’a pas la tripe Likoud. Bien qu’il ne rate jamais un match du Betar Jérusalem, le club de foot de la ville, célèbre pour les slogans antiarabes de ses supporters, Olmert est d’abord un homme du monde, amateur de cigares haut de gamme et de stylos précieux.  » C’est le genre de type qui préfère passer Yom Kippour dans un restaurant chic de Paris ou de New York plutôt que de rester en Israël, peste Meïr Margalit, membre du parti de gauche Meretz, et qui siégea cinq ans au conseil municipal. Vivre plus de deux semaines d’affilée à Jérusalem le rend fou. C’est une ville beaucoup trop provinciale pour lui.  » Elevé dans une famille révisionniste, le courant de pensée qui donna naissance au Hérout, l’ancêtre du Likoud, Olmert n’en a pas moins épousé une artiste peintre qui milite au Meretz. Pis, un de leurs deux fils s’est distingué en signant la pétition de Yesh Gvul, le mouvement de refuzniks opposés au service militaire dans les territoires occupés.  » Olmert est avant tout un cynique, tranche Eyal Hareuveni, journaliste et tête de Turc de l’ancien maire à l’époque où il couvrait les affaires municipales pour l’hebdomadaire Kol Hair. Si telle ou telle initiative risque de nuire à sa carrière, il est capable d’y renoncer du jour au lendemain.  »

Fera-t-il preuve, dans ses nouvelles fonctions, de la même souplesse ? Moussa al-Kak, patron des commerçants palestiniens de la vieille ville, en doute. Attablé à son restaurant de la porte de Jaffa, il évoque la proximité d’Olmert avec le milliardaire de Miami Irving Moskowitz, le grand argentier des colons. Et rappelle son appui à la décision de Benyamin Netanyahu, alors Premier ministre, d’ouvrir, en 1996, un tunnel à proximité de la mosquée Al-Aqsa, prélude à des émeutes meurtrières ( 67 Palestiniens et 15 Israéliens tués).  » Olmert sera toujours de ces politiciens qui se pincent le nez lorsqu’ils serrent la main d’un Palestinien « , dit-il. Hanna Siniora, l’un des notables les plus influents de Jérusalem-Est, n’est guère plus optimiste. Quand Olmert était ministre de la Communication, lui l’a supplié de laisser sortir des douanes de l’aéroport un émetteur importé d’Italie dont il avait besoin pour monter une radio judéo-arabe. En vain.  » S’il flanche sur un sujet aussi mineur que celui-là, comment prendrait-il les décisions courageuses dont la région a besoin ?  » Olmert a deux mois, avant le scrutin du 28 mars, pour montrer qu’il peut surprendre. l Benjamin Barthe

Benjamin Barthe

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content