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La toute-puissante Ligue américaine de basket compte à la fois s’étendre hors de ses frontières et valoriser les joueurs étrangers dans ses salles de spectacle. On parle croissance et nouvelles stars

Le Staples Center, salle mythique des Los Angeles Lakers, est une nouvelle fois en ébullition. Ce soir-là, Kobe Bryant et Shaquille O’Neill reçoivent les Spurs de San Antonio, champions en titre, dans une ambiance du tonnerre. Les Américains cultivent le  » showtime « , c’est-à-dire l’art d’offrir du spectacle aux spectateurs. Aux Etats-Unis, un match de basket-ball dépasse largement le cadre purement sportif. C’est parti pour trois heures de fête rythmées par de la musique, des pom-pom girls, des hot dogs et, surtout, des stars. La NBA (National Basket Association) est une machine bien rodée. Même si, aujourd’hui, la conjoncture économique n’est plus aussi favorable et même si les retransmissions télé n’atteignent pas les sommets d’audience d’antan, ses dirigeants refusent de se laisser aller à la morosité.

La NBA, ce sont 29 clubs franchisés, 435 joueurs (dont 45 Européens) et plus de 800 matchs en saison régulière. Mais, pour profiter des avantages de cette véritable poule aux £ufs d’or, il faut mettre la main au portefeuille. Chaque franchise (équipe) paie un ticket d’entrée pour une création d’équipe ou même un simple déménagement d’une ville à une autre. C’est ainsi que les Charlotte Bobcats, qui feront leur entrée, dès l’an prochain, dans le grand cirque du basket US, se sont acquittés d’une somme de 300 millions de dollars (près de 248 millions d’euros) pour faire partie de la famille ! La ligue redistribue, à parts égales, entre les équipes participantes, les revenus générés, à l’exception des bénéfices tirés de la vente des billets à domicile, des droits de télévision locaux et des produits dérivés commercialisés localement, qui reviennent aux franchises. La NBA, ce sont aussi 32 000 heures de programmes diffusés dans 205 pays, en 42 langues, et qui peuvent toucher environ 2,5 milliards de personnes.

Pour diriger cette machine à sous multinationale, un homme, David Stern, 60 ans, qui préside aux destinées de l’association depuis près d’un quart de siècle. Ce fils de modestes épiciers juifs de New York est l’artisan du développement planétaire de la NBA. Certaines études économiques évoquent ainsi une progression des revenus de près de 500 % en vingt ans.

Si le basket rapporte autant d’argent, c’est aussi parce qu’il possède des stars extraordinairement talentueuses. Depuis le départ à la retraite du célébrissime Michael Jordan, le championnat américain a attendu et cherché son nouvel héros. Aujourd’hui, cela ne fait plus aucun doute, le jeune prodige LeBron James a pris le relais. Fraîchement sorti du lycée, James (19 ans) a fait son entrée en NBA par la grande porte. Premier choix de la draft en 2003, l’adolescent millionnaire totalise déjà plus de 110 millions de dollars en contrats publicitaires.

Et ce n’est pas tout, puisque l’équipementier Nike a flairé le bon coup de marketing sportif en lui offrant un contrat pharaonique de 90 millions de dollars. La draft (qui se pratique également en football américain, en hockey et en base-ball) est une immense loterie durant laquelle les petits clubs peuvent décrocher le jackpot. Les treize équipes absentes des play-offs (tour final du championnat) participent à un tirage au sort qui détermine les trois heureuses franchises qui choisiront, en premier lieu, dans la liste des joueurs sortant de l’université ou provenant des championnats étrangers. Les dix équipes restantes plus celles qui se sont qualifiées pour les play-offs sont alors classées dans l’ordre inverse du classement de la saison régulière. Cela permet aux équipes les plus faibles de recruter les meilleurs joueurs et ainsi de niveler un tant soit peu le championnat. Recruté par les Cleveland Cavaliers, LeBron James domine la ligue de tout son talent. C’est un vrai technicien de génie. Il peut jouer à tous les postes et shooter dans n’importe quelle position sans perdre son sang-froid. Humble, il est le digne héritier de Magic Johnson, l’ancienne vedette des Los Angeles Lakers. Même David Stern a reconnu s’être trompé à propos de cette nouvelle perle :  » Je pensais que les espoirs placés en lui étaient si grands qu’il ne pourrait pas confirmer. Je me suis trompé. Pour un garçon de 19 ans, il dégage un charisme unique, malgré la pression médiatique qui l’entoure.  »

Des franchises européennes ?

Si les Américains ont longtemps fait preuve de perplexité envers les étrangers et qu’ils ne voyaient pas d’un très bon £il l’arrivée de joueurs non américains dans leur championnat, ils sont aujourd’hui bien obligés de reconnaître qu’ils ont besoin d’eux pour relancer la machine à billets. Même les plus protectionnistes sont obligés d’admettre que l’avenir de la NBA passe par l’arrivée croissante de joueurs européens, notamment, mais aussi d’éléments venus du monde entier. Désormais, les commentateurs sportifs doivent se familiariser avec des noms inhabitels pour eux comme Nowitski (Allemagne), Ilgauskas (Lituanie) ou Tskitishvili (Géorgie). Cette saison, 20 % des joueurs du championnat nord-américain ne sont pas nés au pays de l’Oncle Sam. Septante-trois joueurs non américains en 2003-2004, contre 21 seulement en 1992. A l’époque, la majorité de ces étrangers avaient suivi des études universitaires aux Etats-Unis tandis qu’aujourd’hui ils arrivent directement de leur club européen, chinois ou brésilien. Une légion étrangère composée de mercenaires qui comptent des représentants islandais, néo-zélandais, haïtiens ou écossais, mais pas encore de Belges, sauf Ann Wauters, chez les femmes.

Pour David Stern, l ‘Europe est donc devenue un rouage essentiel au rayonnement mondial de la ligue.  » Nous sommes partis d’un constat très simple éclairé par les résultats des récentes compétitions internationales : nous ne sommes plus les seuls, en Amérique, à bien savoir jouer au basket. Voilà pourquoi des projets existent avec, par exemple, la création de salles aux normes NBA d’ici à deux ans. On a avancé du côté de Londres, Berlin et je vois bien des franchises NBA installées en Europe à l’horizon 2007-2008 « . Toutefois, en fin stratège, il pose naturellement des conditions strictes au développement de  » son  » sport sur le Vieux Continent comme la construction de salles dignes de ce nom et l’assurance de les remplir pour 41 rencontres. Rien n’est jamais laissé au hasard avant qu' » Easy  » David ne prenne une décision. C’est sans doute pour cela que la NBA est aujourd’hui si prospère…

Et pourquoi pas l’Asie ?

Ces dernières années, le niveau des basketteurs asiatiques s’est nettement élevé et de plus en plus de stars asiatiques se rendent aux Etats-Unis pour participer aux matchs de la NBA. Le plus connu d’entre eux est le basketteur chinois Yao Ming. Ce géant est devenu l’un des symboles de la jeune génération NBA. A entendre les personnalités du basket mondial, les échanges entre les équipes asiatiques et la NBA ont non seulement élargi le nouvel espace de développement commercial de l’association, mais ils contribuent aussi à promouvoir la progression de la grosse balle orange en Asie. Parlant de l’afflux des basketteurs dans le championnat américain, Glen Grunwald, président des Toronto Raptors, précise :  » De nombreux habitants d’origine asiatique résident dans le nord des Etats-Unis, les stars asiatiques représentent donc une grande force d’attraction. L’adhésion de ces basketteurs asiatiques à la NBA a aussi de fortes implications commerciales.  » Les enquêtes statistiques du département NBA-Asie montrent qu’il y a 300 millions de personnes qui aiment jouer au basket en Chine. Un nombre bien supérieur à la population totale des Etats-Unis. Beaucoup d’observateurs parient que le basket asiatique sortira gagnant du choix de la NBA de partir à la conquête de ce continent.

Laurent Toussaint ( avec Paul Miquel)

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