Mur : Sharon fourbit ses armes

Israël prépare une difficile défense devant la Cour internationale de justice, qui va se pencher sur le  » mur de séparation  » construit en Cisjordanie

De notre correspondant à Tel-Aviv

Ariel Sharon et son entourage se donnent beaucoup de peine pour tenter de convaincre la classe politique et les médias israéliens qu’ils ne sont pas affectés par la récente inculpation pour corruption de l’homme d’affaires israélien David Appel. Celui-ci est soupçonné d’avoir versé des pots-de-vin, en 1999, à Sharon, alors ministre des Affaires étrangères, et des rumeurs de poursuites judiciaires circulent à propos du Premier ministre et ses proches. Alors que la cote de popularité du Premier ministre de l’Etat hébreu s’effondre (54 % des Israéliens se déclarent  » insatisfaits  » de son action), celui-ci compte se rendre à Washington avant la fin janvier afin d’y discuter avec George Bush de la modification du tracé du  » mur de séparation « . Objectif ? Persuader la Maison-Blanche qu’il se prépare à  » faciliter la vie des Palestiniens  » et obtenir ainsi le soutien des Etats-Unis lorsque la légalité de la  » barrière antiterroriste  » en construction sera prochainement examinée par la Cour internationale de justice (CIJ), à La Haye.

En effet, le 18 décembre 2003, l’Assemblée générale des Nations unies a voté une résolution demandant à la CIJ de rendre un avis sur la barrière de séparation controversée. Il ne s’agit pas d’un arrêt qui serait contraignant. Mais, si l’opinion de la cour s’avérait négative, des membres de l’ONU pourraient exiger des mesures contraignantes contre l’Etat hébreu. Une épreuve redoutée par le gouvernement israélien, puisque, outre l’Autorité palestinienne et la Ligue arabe, les 53 pays membres de la Conférence islamique souhaitent aussi s’exprimer contre le mur en construction. S’y joindront une série d’intervenants parmi lesquels 26 paysans palestiniens dont les terres, jouxtant la colonie de Kyriat Arba (Cisjordanie), ont été expropriées récemment pour permettre la poursuite du chantier, et plusieurs organisations israéliennes de défense des droits de l’homme.

La première audience de la CIJ doit avoir lieu le 23 février. Israël, qui s’attend à une condamnation, prend donc l’affaire très au sérieux. Des hauts fonctionnaires ont été chargés de préparer la riposte juridique de l’Etat hébreu, avec l’aide du ténor du barreau britannique David Betlehem, et l’agence de relations publiques française Publicis a été appelée en renfort. Celle-ci est notamment chargée de convaincre les médias européens que le  » mur de séparation  » n’est pas ce qu’ils en disent.

Acculé à faire preuve d’un peu de souplesse, Sharon a d’ores et déjà annoncé que des  » aménagements mineurs  » du chantier pourraient être envisagés  » à des fins humanitaires « . Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères Silvan Shalom, prenant la parole au Forum économique de Davos (Suisse), a déclaré que le mur est  » réversible « . Cela, alors que rien ne change sur le terrain, où les travaux se poursuivent de plus belle. Notamment autour de Jérusalem, où des villages palestiniens comme Abou Dis et Ezzaryeh seront bientôt coupés en deux par une paroi de béton de 8 mètres de hauteur, mais également dans la banlieue d’Hébron.

Dépêché à Washington afin d’y préparer le prochain séjour de Sharon (qui se déroulera impérativement avant la date fatidique du 23 février), Dov Weisglass, le directeur de cabinet du Premier ministre, a fait quelques promesses à la conseillère du président américain pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice. Il a, entre autres, affirmé que le nombre de  » portes d’entrée  » permettant aux paysans Palestiniens de rejoindre leurs champs situés de l’autre côté de la  » barrière antiterroriste  » serait augmenté et que l’armée israélienne créerait une police spéciale chargée de gérer ces points de passage. Il s’agit d’une revendication essentielle des Palestiniens, puisqu’au fil de l’avancement du chantier, un nombre grandissant de fermiers se retrouvent privés d’accès aux cultures, qui pourrissent sur pied. Par ailleurs, Weisglass a assuré Rice qu’Israël n’a pas l’intention d’annexer les zones palestiniennes isolées par le  » mur de séparation « . Ce qui n’a pas, pour le moment, levé l’opposition de l’administration américaine à la poursuite du chantier… l

Serge Dumont

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