Ministres Ces couples qui se détestent

Au sein du gouvernement de François Fillon, derrière les bises se cachent souvent des bisbilles. Illustrations croquignolesques.

Vous aviez aimé les rivalités entre Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet, Rama Yade et Bernard Kouchner, Christine Boutin et Fadela Amaraà ? Vous allez adorer celles entre Brice Hortefeux et Michèle Alliot-Marie, Christine Lagarde et Christian Estrosi, etc. Aux inimitiés du gouvernement français Fillon 1 (mai 2007-juin 2009) ont succédé celles de l’équipe Fillon 2, composée au lendemain des élections européennes. Ça balance pas mal à Parisà

Alliot-Marie – Hortefeux Extension du domaine de la lutte

A l’écrit, comme à l’oral, les mots auront volé.  » Les propositions en matière pénale sont faites soit par le ministre de la Justice, soit par les parlementaires « , lance Michèle Alliot-Marie sur Europe 1, le 31 janvier. La garde des Sceaux rappelle à l’ordre Brice Hortefeux. Elle n’a pas apprécié que, la veille, sur TF 1, sans la prévenir, son collègue annonce l’aggravation des sanctions pénales à l’encontre des auteurs d’agressions de personnes âgées.  » Elle n’a pas été bien informée « , riposte le ministre de l’Intérieur, quarante-huit heures plus tard, sur RTL, assurant que cette mesure aurait même déjà été arbitrée ! Le 4 février, une lettre dans laquelle MAM reproche à Hortefeux l' » absence ou la quasi-absence d’interpellations à l’issue de graves incidents  » survenus à l’occasion de récents matchs de football fuit dans la presse. Le même jour, la réplique épistolaire du  » premier flic de France  » est diffusée : il met en avant  » trois problèmes  » relevant de la justice qui, selon lui,  » ne sont pas réglés « . La violence n’est pas que dans les stadesà

En ce milieu d’hiver, Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux ont renoué avec un classique de la vie politique française : l’affrontement entre les ministres de la Justice et de l’Intérieur. Depuis juin, la locataire de la Place Vendôme avait, à plusieurs reprises, défendu ses prérogatives quand elle avait estimé que son homologue de Beauvau les piétinait. Si ce dernier tournait sept fois sa langue dans sa bouche pour ne pas critiquer le bilan de celle à qui il avait succédé –  » Elle sait très bien que, moi, je ne dis rien « , confiait-il – il ne cachait pas, en revanche, tout le mal que le président en pensait.

Aujourd’hui, le temps des simples accrochages est révolu. La réforme de la procédure pénale ne fera que les susciter. Les suites du quinquennat, aussi. Ces deux poids lourds du gouvernement n’ont renoncé à rien. Hortefeux compte sur sa proximité persistante avec Sarkozy. Désormais, le chef de l’Etat ne tarit pas d’éloges sur l’action d’Alliot-Marie à la chancellerie. Le 31 janvier, il l’a appelée pour la féliciter de sa gestion du jugement Clearstream et de ses flèches contre Villepin. L’un des proches de MAM note :  » C’est toujours quand cela se passe bien avec le président qu’on lui cherche des ennuis. « 

Lagarde-Estrosi Tu ne parleras point

Leur histoire aura basculé un 20 janvier. Ce matin-là, au Conseil des ministres, Christine Lagarde a droit à une remarque présidentielle. Nicolas Sarkozy l’a trouvée beaucoup trop frileuse sur le dossier Renault et les velléités de délocalisation de l’entreprise automobile. Couverte de lauriers les semaines passées, la ministre de l’Economie est piquée. Elle reproche ce loupé à son cabinet, alors qu’à Bercy un autre membre du gouvernement, Christian Estrosi, placé sous son autorité, a été omniprésent sur le sujet. Elle s’estime doublée. Ce soir-là, Christine Lagarde est remontée. A quelques minutes de la cérémonie des v£ux aux forces économiques, elle informe Christian Estrosi, dans le hall de Bercy, qu’il ne prendra pas la parole. Le ministre de l’Industrie doit remiser son discours. Il fulmine. Le lendemain, sur RTL, il se venge. Alors que la polémique bat son plein sur la double rémunération d’Henri Proglio, président de Veolia et d’EDF, il explique que la ministre de l’Economie a  » changé d’avis  » sur le sujet. Cruel : elle a toujours été réticente au cumul du nouveau patron d’EDF. Si elle l’a défendu, c’est par solidarité gouvernementale.

Entre Christine Lagarde et Christian Estrosi, les premiers pas furent les meilleurs. Mais l’ambiguïté du titre du maire de Nice – ministre auprès de la ministre (!) – favorise toutes les mésententes. Son appétit aussi.

Darcos-Amara  » Cela m’empêche même de dormir « 

Ce sont des  » cornes de gazelle  » que Fadela Amara ne digère pas. Le 19 novembre, Le Nouvel Observateur rapporte des propos que Xavier Darcos aurait tenus sur elle :  » Elle croit que la politique de la ville, c’est parler arabe dans les cités et manger des cornes de gazelle dans les HLM.  » Les relations du ministre des Affaires sociales et de la secrétaire d’Etat à la Ville étaient déjà froides. Elles sont devenues polaires. Fadela Amara voit dans ces mots du racisme. Réclame des excuses, qui ne sont toujours pas venues. Crie partout qu’elle ne veut plus travailler avec Xavier Darcos et voudrait rejoindre le giron de Jean-Louis Borloo, voire devenir ministre de plein exercice. Ne serre plus la main de certains conseillers de son patronà

Dès son entrée en fonctions, en juin, le nouveau ministre des Affaires sociales n’avait pas caché son regard critique sur le maigre bilan en faveur des banlieues de l’ancienne présidente de Ni putes ni soumises, en poste depuis deux ans. A l’automne, les dysfonctionnements du cabinet de sa secrétaire d’Etat, les soupçons sur les subventions accordées aux associations par les proches d’Amara minent Darcos :  » Cela m’empêche même de dormir « …

Bachelot-Yade Simple dames

 » Bon anniversaire, ma chérie !  » Le bouquet et les quelques mots qui l’accompagnent sont signés Roselyne Bachelot et destinés, en ce 6 novembre, à sa collègue Nadine Morano. Le 13 décembre, pour ses 33 ans, Rama Yade n’a pas bénéficié de tant d’égards de la part de sa ministre de tutelle. Le 6 octobre, entre elles, c’était déjà une histoire de gentillesses ! La secrétaire d’Etat aux Sports organise à la Sorbonne un colloque sur sa matière. La ministre de la Santé n’est pas conviée : elle s’invite.  » Elle n’avait pas prévenu. Faut prévenir avant de venir !  » s’emporte Rama Yade devant une caméra. Quelques mois plus tard, elle peste encore :  » Je ne suis pas la secrétaire, moi ! Je ne suis pas là pour faire le boulot et qu’elle arrive à la fin. « 

Comme avec Bernard Laporte, Roselyne Bachelot a, dès la nomination de Rama Yade sous ses ordres, montré qui était la patronne sur les questions sportives. D’ailleurs, quiconque pénètre dans son bureau le comprend vite : les murs sont recouverts de maillots de champions dédicacés. Mais la benjamine de l’équipe Fillon n’est pas un entraîneur de rugby. Malgré leur rendez-vous hebdomadaire, leur collaboration tourne à la vive compétition. La ministre de la Santé reproche à la personnalité la plus populaire du gouvernement ses mensonges et son insoumission.  » Sale gamine « , fulmine-t-elle. Elle profite aussi des difficultés automnales de la secrétaire d’Etat aux Sports avec Nicolas Sarkozy pour affirmer un peu plus son ascendant.

En novembre, l’adoption d’un amendement supprimant le droit à l’image collectif (DIC), un avantage fiscal réservé aux sportifs, fera éclater leur rivalité au grand jour. Bachelot soutient cette suppression. Yade s’y oppose, exposant les conséquences néfastes qu’elle aurait pour les clubs sportifs, y compris modestes. Le 17 janvier, les deux femmes assistent à Paris-Bercy à la finale du 23e tournoi international de Paris-Ile-de-France de handball masculin. Bachelot se fait siffler. Pas Yade. Depuis, les tensions sont un peu retombées.

Ludovic Vigogne

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