Mini-Europe, maxi-chèque

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif/L'Express

La proposition de Blair sur le budget communautaire contestée, le  » shérif  » peut-il encore sortir les pourparlers de l’impasse ?

José Manuel Barroso et Tony Blair sont considérés comme de fidèles alliés. Le premier s’était néanmoins senti obligé, la semaine dernière, de brocarder le second. Le président de la Commission européenne avait demandé à la présidence britannique de l’Union, qui venait de suggérer d’amputer les aides promises aux pays de l’Est, de ne pas jouer au  » shérif de Nottingham « , l’ennemi juré de Robin des bois, qui  » rançonne les pauvres au profit des riches « . La pique de Barroso n’a pas conduit le Premier ministre travailliste à revoir sa copie : présentée le 5 décembre, sa proposition de compromis sur le budget communautaire pour la période 2007-2013 prévoit une coupe d’environ 8 % (14 milliards d’euros) dans les fonds structurels destinés aux nouveaux pays membres. Pour ne raboter que très légèrement le fameux  » chèque  » britannique, cette ristourne budgétaire conquise en 1984 par Margaret Thatcher.

Les Dix, Pologne en tête, avaient pourtant mis en évidence le coût diplomatique, pour Londres, d’une réduction des aides aux régions défavorisées. Jusqu’ici, les pays adhérents ont affiché leur proximité avec le profil social-libéral et atlantiste de Blair. Mais la réputation de cet ardent défenseur de l’élargissement en a pris un coup à l’Est, Varsovie menaçant de bloquer un accord qui demanderait trop de sacrifices. La fronde des nouveaux pays de l’Union souffre toutefois de dissensions apparues depuis peu. Car la République tchèque, la Slovaquie et d’autres ne cachent pas leur impatience d’arriver à un compromis en décembre, même si l’enveloppe qui leur sera finalement allouée est moins épaisse que prévu. En revanche, la Commission et certains  » anciens  » pays membres ont dit tout le mal qu’ils pensaient de l’offre britannique, qui veut ramener le budget total de l’Union autour de 1,03 % du produit intérieur brut européen, contre 1,06 % dans le projet de compromis discuté en juin dernier. Soit une baisse de plus de 25 milliards d’euros par rapport à la proposition de la présidence luxembourgeoise.  » C’est un budget pour une mini-Europe, pas pour l’Europe forte dont nous avons besoin « , s’est écrié Barroso. Même son de cloche du côté belge, le ministre des Finances Didier Reynders jugeant le projet de Londres  » pas très ambitieux « . La présidence britannique a pourtant prévenu qu’il n’y aurait pas d’autre proposition. La priorité, pour le Royaume-Uni, est de préserver l’essentiel de son  » rabais  » dans la perspective de futures négociations sur les dépenses agricoles.

Olivier Rogeau

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