Maurane chez les humains

Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Sur Quand l’humain danse… , Maurane chante toujours divinement bien la mélancolie mais nourrit son côté ludique avec plusieurs titres signés, entre autres, par Goldman

Le CD Quand l’humain danse… (Universal) sort le 23 avril. Maurane sera en concert au Cirque royal, en décembre 2003.

Q uand la maison de disques a appris que Jean-Jacques Gold- man écrivait pour mon nouvel album, non pas une, mais quatre nouvelles chansons, ils étaient, comment dire, très contents. Mais cela ne m’impressionne pas.  » Maurane se confie, un après-midi d’avril, dans un salon cosy d’un hôtel bruxellois garni d’étoiles. Ce qui l’impressionne, en revanche, c’est la façon dont J.J.G.,  » un ami de vingt ans « , la scanne dans Tout faux, la seconde plage du disque, en femme collante, désespérée d’envoyer des signes d’amour sans retour :  » Quand je t’écris un poème, tu dis que tu l’as déjà (…). Je te donne tout ce que tu veux mais tu n’en veux pas (…). Je t’en fais des kilos, ça fait jamais le poids.  » Maurane :  » J’ai été cette fille-là, l’amoureuse ratée par excellence, cela me rappelle une certaine période de ma vie, qui a duré assez longtemps d’ailleurs  » ( sourire).

Aujourd’hui, l’interprète la plus douée de la chanson francophone n’est pas vraiment amoureuse, et elle revient avec un sixième album qui succède à Toi du monde, sorti à l’automne 2000, où elle racontait, notamment, les souvenirs du père.  » Pour ma maison de disques, cela a été un échec commercial, mais pour moi, pas du tout. La tournée de plus de cent dates qui a suivi m’a vraiment rendue très heureuse.  » Dans la quiétude approximative de sa vie récente, cette affective viscérale a concocté un Quand l’humain danse… éclaté entre son spleen naturel et les accélérations de rythmes.  » Je rêverais d’enregistrer un album entier guitare/cordes de chansons de Jean-Claude Vannier ( NDLR : l’un de ses auteurs fétiches), mais je n’aime pas être cataloguée dans une seule humeur. La vie n’est pas faite que de mélancolie. Je suis assez sanguine, comme fille. Finalement, ce qui me touche dans une chanson, c’est la sensation très physique qu’elle me donne. Un peu comme le magret de canard !  » ( rires). Dans les seize titres qui composent son présent album, Maurane réussit au mieux ses ballades où sa voix transporte une beauté létale, comme dans Des graines d’immortelles, signée par Elisabeth Anaïs et Michel Amsellen, ou Sans demander, co-écrite par les Québécois Louise Forestier et Daniel Lavoie.

Mono ou duo ?

Si les chansons lentes, hypnotiques, organiques, glissent si facilement dans notre réceptacle musical, on peut regretter une production qui a parfois les couleurs trop consensuelles de la variété hexagonale. Surtout dans le premier single, éberlué de bonne humeur et de bonnes intentions sur le métissage : Quand les sangs…, du collaborateur de Goldman, Gildas Arzel. Bof également pour Ce que le blues a fait de moi au niveau de son habit musical : trop Patricia Kaas, pas assez Aretha Franklin, alors que Maurane en est largement capable. La bonne surprise du disque viendrait plutôt des duos, trois au total. Dans un genre désormais très convenu – je t’invite, on s’invite, etc. -, Maurane réussit des collaborations très différentes avec Marc Lavoine, sa copine  » de quinze ans  » Véronique Sanson, et la Belgo-Italo-Canadienne Lara Fabian. Une politesse de retour pour cette dernière, puisque le duo Lara/Maurane, sur le dernier album de Fabian, est devenu un tout grand succès :  » Cela m’a beaucoup rapproché de Lara, on a ressenti toutes les deux quelque chose d’assez fort. Et pour ce nouveau duo, Mais la vie… , je pense qu’on va sentir la sincérité qui existe entre nous, la complémentarité.  » Effectivement, Lara ne hurle plus et rejoint Maurane dans une émotivité plus naturelle. Les trois duos sont écrits, composés et produits par Peter Lorne qui se taille la part du lion en plaçant cinq de ses compositions sur le disque, un sort que beaucoup envieraient :  » Peter m’a déjà donné des chansons qui, je pense, comptent pour moi, comme Ça casse ou L’Un pour l’autre. C’est un Français aux yeux bleus – pas du tout mon type, donc ! ( rires) – qui est né à Dakar et a vécu au Brésil. J’ai avec lui un rapport assez explosif, fusionnel, passionnel, mais je suis quelqu’un qui marche à l’affectif. J’aime aussi la solitude, j’en ai besoin. J’ai plutôt le moral en ce moment. Cela fait un bout de temps que cela dure d’ailleurs : cela devient inquiétant « … ( rires).

Philippe Cornet

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