Martel et la bête

Entre fable et roman d’aventures, le face-à-face d’un ado et d’un tigre en plein océan

L’Histoire de Pi, par Yann Martel. Trad. par Nicole et Emile Martel. Denoël. 335 p.

Le Canadien Yann Martel a deux gros défauts : il écrit des livres drôles, imaginatifs, aventureux, et, plus grave, son dernier roman a très bien marché. L’Histoire de Pi, saluée par Alberto Manguel et Margaret Atwood, couronnée par le prestigieux Booker Prize en 2002, s’est en effet vendue à plus de 3 millions d’exemplaires dans le monde et 44 pays s’en sont arraché les droits. Est-ce pour cela qu’en France, où l’on se méfie du succès, ce Tintin écrivain au talent et au parcours atypiques, a été accueilli avec quelque circonspection ?

Né en Espagne de parents québécois, Martel a longtemps sillonné le monde dans les valises de son père diplomate. A 24 ans, après d’ennuyeuses études de philo, le jeune homme, gardien de nuit à Paris, se met à écrire du théâtre pour tuer le temps. Puis il voyage, signe deux livres qui passent inaperçus et finit, en 1996, par atterrir à Pondichéry, où lui vient l’idée de cette fable déguisée en roman d’aventures.

Comme Martel, son héros, Piscine Molitor Patel, alias Pi, est un garçon faussement simple qui se pose des questions vraiment compliquées. A la fois chrétien, musulman et hindou, Pi, fils du directeur du zoo de Pondichéry, se retrouve, à la suite d’un naufrage, seul sur une chaloupe avec pour compagnons une hyène, une orang-outan et un zèbreà bientôt dévorés par un tigre surnommé Richard Parker. L’adolescent n’a pas trop de tous ses dieux pour apprendre à faire face. Et à cohabiter, 227 jours durant, au beau milieu de l’océan, avec ce chat aux griffes longues comme un doigt d’homme.

 » Plus l’Occident devient sceptique et matérialiste, plus je suis attiré par l’Inde, ses religions, son imaginaire. Sans mythes, jamais Pi n’aurait survécu « , explique Martel, en symbiose avec son héros. Si, dans ce fourre-tout philosophique, on serait parfois tenté de crier grâce, c’est justement la candeur de Pi, désarmé face à un monde hostile, qui fait mouche. Comme ses extraordinaires aventures.

A mi-chemin entre Garp et Robinson Crusoé, notre héros se débrouille avec la réalité. Il construit des alambics solaires, observe la hyène bouffer le zèbre, apprivoise son tigre. Et souffre pour découvrir, au bout de son errance, qu’une histoire peut parfois changer la face du monde.

Olivier Le Naire

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