Manger sain, pas si simple

Chacun l’a désormais compris : il vaut mieux privilégier le cabillaud vapeur-épinards que le hamburger-frites-mayo. Hélas ! Remplir son frigo (et son estomac) n’est pas plus simple pour autant… quand on apprend que certains poissons préparés contiennent autant de matières grasses qu’une brioche !

Michèle Rager

Que mange-t-on ce soir ? Un bon repas équili- bré ! C’est vous qui l’affirmez, la conscience tranquille, persuadé d’éloigner du foyer fami- lial le spectre de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires et du diabète… Pourtant, si, pour la préparation de ces mets, vous choisissez régulièrement la stratégie du plat tout préparé au lieu de dégainer votre couteau économe, vous risquez bien de transformer vos dîners en un passeport pour l’infarctus ! En effet, les galettes, quiches ou poêlées de légumes sorties de l’industrie alimentaire sont souvent enrichies excessivement en matières grasses : jusqu’à 10 g de lipides pour 100 g, alors que ce taux ne devrait pas excéder les 4 g. Certains pains grillés et biscottes en contenant jusqu’à 20 g, autant les considérer comme des biscuits… Des poissons panés affichent entre 48 et 65 % de poisson… ce qui sous-entend 35 à 52 % de différents liants et additifs. Ne vous consolez pas en plongeant dans un yaourt : sa quantité de lipides varie entre 3… et 10 g. Et certaines  » spécialités laitières « , sous leur apparence innocente, sont aussi riches qu’un dessert maison.

Mer d’huile

Selon le Dr Jean-Michel Cohen, nutritionniste français bien connu pour sa croisade contre les vices cachés de notre alimentation ( lire l’encadré),  » le danger de ces aliments réside dans leurs graisses invisibles. Quand vous utilisez de l’huile, vous savez que vous consommez des lipides. Mais, lorsque vous avalez une barre chocolatée, vous ne vous en rendez pas spécialement compte. Or, parmi celles-ci, certaines atteignent les mêmes pourcentages de lipides que le foie gras !  »

Une lecture avisée des emballages prouve également que les produits n’ont jamais affiché autant de graisses hydrogénées, utilisées pour apporter du moelleux aux biscuits, pains, viennoiseries et autres en-cas.  » Ce sont des matières grasses végétales solidifiées, plus aisément utilisables dans les procédés industriels, explique le Dr Cohen. Mais ce processus d’hydrogénation augmente leur teneur en acides gras saturés et crée des acides gras trans ( lire l’encadré), qui sont des graisses de très mauvaise qualité.  » En effet, il est prouvé depuis plus de dix ans que ces derniers élèvent le taux de  » mauvais  » cholestérol sanguin (LDL), mais aussi diminuent celui de bon cholestérol (HDL)… Résultat : une augmentation du risque cardio-vasculaire.

L’addition est fort grasse

 » Consommer de petites quantités d’acides gras trans ne présente pas de véritable danger, rassure le Dr Cohen. Malheureusement, on les retrouve si souvent dans les préparations industrielles que certaines personnes en mangent plusieurs fois par jour.  » Histoire d’alourdir encore l’addition lipidique, ces mêmes aliments recèlent souvent de l’huile de copra (coco) et de palme. Soit encore une fois des huiles très riches en acides gras saturés, redoutables pour nos artères. N’en jetez plus ? Si ! Du côté des sucres, l’étiquette n’est pas plus rassurante. L’accusé principal : le sirop de glucose-fructose, qui remplace à moindre prix le glucose ou le saccharose. Consommé en excès, il augmente la synthèse des triglycérides et favorise le stockage des graisses…

Emmenthal au soja

Déchiffrer la liste des ingrédients apporte son lot de surprises : du sirop d’érable dans une mousse de canard, des protéines de soja dans un emmenthal, de la peau de poulet dans des nuggets. Sans oublier cette pizza tellement riche qu’elle fournit plus de calories qu’il n’en faut sur… une journée entière !  » Aujourd’hui, les industriels fabriquent des produits dont le goût nous semble familier, mais dont les valeurs nutritionnelles sont très différentes des aliments traditionnels « , poursuit le nutritionniste, qui recommande un rapide coup d’£il, au moment de remplir son Caddie, sur la liste des composants :  » Leur nombre représente déjà une indication : plus la liste est longue, plus le produit est transformé, travaillé… Car il est devenu plus économique de fabriquer un fromage avec du lait écrémé en poudre et des matières grasses hydrogénées que de respecter les fabrications traditionnelles…  » En outre, ces ajouts permettent d’augmenter le temps de conservation, ce qui représente encore un intérêt certain pour le producteur.

Hard discount

Les aliments ainsi pointés de la fourchette sont souvent ceux retrouvés dans les hard-discounter ou les gammes  » premiers prix  » des grandes surfaces traditionnelles. Alors, moins c’est cher, moins c’est sain ? Probablement. Mais le consommateur doit savoir qu’un prix élevé n’est pas pour autant synonyme de meilleure qualité.  » Nous avons analysé un sandwich au saumon  » riche  » d’à peine 11 g de vrai poisson, illustre le Dr Cohen. Et un autre, alliant 70 g de pain, 30 g de jambon et… 30 g de beurre. Mais vendus aux alentours de 6 euros, ce qui fait cher le morceau de baguette !  » Faut-il alors cultiver son potager, cuire ses miches et fabriquer son yaourt ? Pas spécialement. Mais le salut passe inévitablement par l’information et le décryptage des étiquettes.

Michèle Rager

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content