Mais à quoi sert Socostan ?

La société à portefeuille qui tire les ficelles au sein du groupe Wagner a un étrange actionnaire suisse. Qui contrôle une société luxembourgeoise

Robert Jean Wagner, 59 ans, est un homme efficace mais discret. Président de l’aéroport de Charleroi, on l’entend rarement. Patron d’un groupe florissant, il n’apparaît (presque) jamais dans les médias. Dans les organismes publics où il siège, il a la réputation de se taire durant la plupart des réunions.  » Au moins a-t-il le mérite de ne pas promouvoir ses affaires « , commente un collègue administrateur de la Société régionale wallonne d’investissement (SRIW). Wagner n’en a pas besoin. A Charleroi, les appuis politiques suffisent.

Illustration d’une métamorphose évidente, la société phare du groupe carolo n’a plus rien à voir avec le transport ou les fabrications métalliques. Ultra-Rapide Wagner a été vendue en décembre 2002 ; elle a fait aveu de faillite en juillet dernier. Il ne reste plus que la société Devilca, à Paliseul, pour maintenir un minuscule lien industriel. Tout le reste a été cédé ou liquidé. Comme les emplois qui y étaient liés.

Cotée en Bourse, WEB, pour Warehouse Estates Belgium, fait désormais la fierté du clan Wagner, administré par le père Robert Jean et les deux enfants, Robert Laurent et Valérie. Il s’agit d’une sicafi – une société d’investissement à capital fixe immobilier – dont les bâtiments de City Nord constituent une part importante du patrimoine. C’est la  » Société wallonne à portefeuille  » qui tire les ficelles. Celle-ci contrôle Devilca et deux des nombreuses sociétés du groupe actives dans l’immobilier ; elle détient aussi 12 % des parts dans WEB.

Curieux instrument que cette  » Société wallonne  » qu’on confondrait volontiers avec un organisme public ! Le nouvel holding financier des Wagner a été créé en 2001. Il est à son tour contrôlé par deux actionnaires. Le premier est facile à pister. Il se nomme Vegec, une société fondée au sein de la famille Wagner ; son siège est localisé au domicile du grand patron Robert J. Wagner, qui habite un château à Gerpinnes. L’autre actionnaire est identifié en Suisse. Enregistrée à Fribourg, Socostan se donne les allures d’une société qui fait du business. Il s’agit en réalité d’une fiduciaire, soit une entité chargée de gérer des affaires ou un patrimoine pour le compte d’une autre personne. Une société écran ? Qui abrite qui ? Ou quoi ? Top secret.

Socostan a été fondée en 1981 par Roger Ammann et Yvon Renggli, tous deux de nationalité suisse. Ammann avait quelques activités dans la promotion d’une station de sports d’hiver dans le Valais, à Anzère. Renggli, lui, est resté le représentant de Socostan. Tous deux ressemblent à des hommes de paille, comme on dit dans le jargon. A quoi sert cette Socostan ? Interrogé par Le Vif/L’Express, Yvon Renggli s’est refermé comme une huître.  » Je n’ai rien à dire à ce sujet « , déclare-t-il nerveusement. Il est aussi le président de la fameuse Société wallonne à portefeuille. Là non plus,  » pas de commentaire « . Pourquoi ? Egalement interrogé à ce sujet, Wagner déclare que  » Socostan est une société financière qui injecte des fonds en Belgique « . Son gérant Yvon Renggli est-il un homme d’affaires connu en Suisse ?  » Je suppose « , ajoute-t-il.

En 2004, en tout cas, la fiduciaire Socostan prend la moitié des parts d’une société luxembourgeoise. Il s’agit de la Compagnie de promotion hôtelière internationale (CPHI). Les Wagner y débarquent au même moment. CPHI change alors de dénomination – Compagnie de participations-holding international – gardant les mêmes initiales. S’agit-il d’un véhicule financier utilisé à des fins fiscales ? Avant les Wagner, il semblerait avoir servi à un autre entrepreneur carolo.  » CPHI est une société financière « , explique Robert Wagner, laconique.

L’avocat carolo Louis Krack était le président de CPHI au moment de la transmission de pouvoir à Wagner et à Socostan. Il s’en est retiré mais reste le directeur d’une société belge nommée International Hôtel Marketing, jusque-là liée avec CPHI. L’adresse de cette dernière est désormais une boîte à lettres, auprès de la fiduciaire luxembourgeoise Becker et Cahen.

Krack est le conseil des Wagner depuis de longues années, même s’il laisse le plus souvent ses associés plaider à sa place. Cet avocat spécialiste du droit commercial, ancien bâtonnier de Charleroi, est en même temps administrateur de deux sociétés du groupe Wagner (la société anonyme WEB et la Société wallonne à portefeuille).

Louis Krack réfute tout conflit d’intérêts. En octobre, l’ordre des avocats s’est enquis du cas  » Van Cauwenberghe « , vice-président de la banque CPH et gérant du bureau d’avocats qui est utilisé par la banque. Pour d’autres raisons, un proche de Van Cau a dû récemment démissionner de son poste de réviseur d’entreprises. Daniel Lebrun était accaparé – directement ou via sa femme – par des affaires notamment immobilières développées en Belgique et au Congo. Il a dû choisir. On le présente comme le Michel Daerden de Charleroi, spécialiste des montages financiers.

Ph.E.

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