» Ma matière première, ce sont les gens »

En exclusivité pour Le Vif/L’Express, Dany Boon commente le succès phénoménal de sa comédie Bienvenue chez les Ch’tis.

Ses deux téléphones portables, en mode vibreur, ne cessent de trembler sur le canapé du restaurant parisien où l’artiste nous reçoit, la mine sereine, mais fatiguée. On n’attire pas impunément 8 millions de spectateurs dans les salles en trois semaines. Dany Boon est l’homme le plus demandé du moment. Mais pas triomphaliste. Juste fier de redorer durablement le blason du Nord-Pas-de-Calais, sa région natale. Bref, il va bien.

Comment vivez-vous ce phénomène ?

Je suis évidemment très heureux. Après, on me parle de débats autour du film, où interviennent des sociologues, des linguistes… Je serais tenté de dire que c’est too much, mais l’époque veut cela. On analyse, on découpe… Et le lendemain, on est passé à autre chose. Cela étant, il ne faut pas chercher trop loin : le film marche parce que c’est une comédie drôle. Les gens rient à une histoire simple, humaine, authentique.

D’aucuns disent que vous êtes une véritable éponge, vous imprégnant de tout ceux qui vous entoure…

On est toujours influencé par certaines personnes. Alors oui, je suis une éponge, mais ma matière première, ce sont les gens. J’écris sur leurs travers, leurs qualités. Faute de moyens chez mes parents, j’ai mis du temps à faire beaucoup de choses : aller au cinéma, à la montagne, prendre l’avion… Alors, je me souviens parfaitement quand je les ai découvertes et bien plus appréciées que d’autres personnes. Du coup, mon angle pour parler de ce qui m’entoure est légèrement décalé.

Le tournage a-t-il été si idyllique qu’on le dit ?

Mais oui ! Au début, pourtant, il y a eu des tensions avec Kad Merad. Oh ! Pas longtemps : deux jours. Moi, je veux que les comédiens connaissent leur texte sur le bout des ongles. Quand, à la troisième prise, ils commencent à sauter deux mots, je sais qu’ils sont à la recherche de leur texte. On ne me la fait pas.

En France, le film a fait 4,6 millions d’entrées en une semaine. Un record absolu !

Hier, on m’a envoyé par courriel les couvertures de Hollywood Reporter, de Variety et de Screen International qui signalaient le phénomène, soulignant l’incroyable moyenne par copie réalisée lors de la sortie limitée au Nord-Pas-de-Calais : plus de 8 000 entrées par salle en une semaine. Un truc jamais vu dans le monde !

Vous êtes désormais un talent bankable, comme on dit. Vos tarifs vont s’envoler…

J’ai dit à mon agent qu’il n’était pas question de renégocier les prix pour les projets de cette année, dont les contrats n’étaient pas encore signés. Evidemment que je prends de la valeur, mais, à l’avenir, si je m’engage sur un petit film, mon tarif sera adapté au budget. En ce moment, on ne cesse de me demander des licences pour des produits dérivés à l’effigie du film. Or je ne veux pas basculer dans le purement commercial. Du coup, j’ai décidé qu’on allait faire du merchandising caritatif : on reversera tous les bénéfices à des associations.

Le sociologue Michel Wieviorka, s’il apprécie votre comédie, la trouve néanmoins  » franchouillarde « , parce qu’inscrite dans une France centrée sur elle-même…

C’est tout le contraire. Le film est tourné vers les autres. Le Nord utilise ses racines, son identité, pour accueillir l’Autre et faire preuve de tolérance et d’ouverture. S’il était franchouillard, le long-métrage ne serait pas premier au box-office en Suisse et en Belgique.

Et quid d’une suite, dont on commence à parler ?

Les gens de chez Pathé me l’ont immédiatement suggéré :  » Il faut que ton personnage descende dans le Sud, etc.  » Voilà ma réponse : si je trouve une histoire qui tient la route, pourquoi pas ? Mais ce ne sera pas mon prochain film. Sinon, ça puerait l’opportunisme, et je m’y refuse.

Entretien : Christophe Carrière

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