L’utile et l’agréable

Catherine Pleeck

A l’automne dernier, les défilés de prêt-à-porter Femme ont livré leur verdict : l’été 2010 sera pragmatique avant tout.

La crise, toujours la crise. Et la situation risque bien de durer, si l’on en croit les cabinets de conseil, qui ne prévoient pas un retour à une situation normalisée avant 2011 ou 2012, en ce qui concerne le secteur du luxe. C’est dire si la cliente fashion réfléchit fortement avant de dégainer sa carte de crédit, quand il s’agit de renouveler son vestiaireà

Les créateurs ont, eux aussi, tourné sept fois leur crayon dans leur main, avant de dessiner les contours de leur collection printemps-été 2010.  » La vérité est que nous étions arrivés à un stade où il y avait trop de tout et de n’importe quoi. Nous avions besoin de faire un grand nettoyage. Nous étions devenus trop riches, et cela nuit à la créativité « , confiait d’ailleurs dernièrement, au Monde, la créatrice Diane von Furstenberg, présidente du Council of Fashion Designers of America. Les temps ne sont donc plus aux fioritures, au bling-bling, à l’étalage indécent de richesses. Place à un vestiaire utilitaire et chic à la fois. On fuit le superflu, pour se concentrer sur l’épure. Rien que du pragmatisme. Rien de vain.

Pas question de s’ennuyer pour autant. Les designers ont pensé à joindre l’agréable au pratique. A l’instar de Phoebe Philo qui signe son premier show pour Céline. Un moment couronné de succès, qui a vu défiler des silhouettes pures, sobres et naturelles. Un résultat minimaliste et magnifique, pour des looks qui font fi de futilités inutiles. Du  » less is more  » en plein.

Que ce soit chez Céline, Chloé ou Alexander Wang, les coupes sont dénuées de toute surcharge. Pantalons carrot, chemises blanches, sahariennes ou trenchs se repèrent au gré des podiums. Au niveau des couleurs, la tendance utilitaire hésite entre le blanc, le kaki, les couleurs claires et naturelles. Chez Kenzo, la femme de l’été prochain se mue en une exploratrice du désert – short vert foncé ceinturé par une corde, jeans qui semble maculé par le sable, imprimés camouflage -, tandis que chez Louis Vuitton, de courts et larges pantalons kaki apparaissent çà et là, dans un univers dédié au sportswear et au nomadisme.

Les matières se font brutes, évitent l’ostentatoire. De la toile de lin, du coton, mais aussi énormément de cuir. En outre, les talons des chaussures flirtent un peu moins avec les hauteurs vertigineuses croisées ces dernières saisons. Parce que la crise nous a au moins appris que plus haute sera l’ascension, plus dure sera la chute ?

Catherine Pleeck

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