L’ogre et le gourmand

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Alain Chabat se fait un plaisir de donner sa voix française à Shrek, l’ogre de dessin animé dont le second épisode des hilarantes aventures fait un formidable  » carton « 

A l’heure où Shrek 2 bat tous les records de succès aux Etats-Unis, avec plus de 300 millions de dollars de recettes en seulement dix-huit jours (!), la version française du film produit par Dreamworks s’apprête à débouler sur nos écrans ce mercredi 23 juin. Alain Chabat y prête sa voix à l’ogre sympathique dont Mike Myers assure les répliques dans la version originale américaine. Déjà au poste pour le premier film de cette hilarante série animée en images de synthèse, l’ex-Nul et réalisateur du triomphal Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre ne masque pas son plaisir à pouvoir ainsi s’inscrire dans un genre û le dessin animé û qu’il a toujours aimé.  » Je préparais Astérix et j’étais super occupé quand Dreamworks m’a contacté pour le premier film, se souvient Chabat. Mais, quand j’ai vu la cassette de vingt minutes en noir et blanc qu’ils m’ont fait parvenir, j’ai tout de suite eu envie de faire ce casting. J’y suis allé, j’ai eu le rôle et j’en ai été très heureux. Le ton bien décalé de ce conte de fées traité en diagonale me convenait parfaitement. J’ai toujours adoré jouer comme cela sur les codes en les subvertissant. Et puis, j’aime le personnage, Shrek, pour son grand c£ur, son physique original et ce message qu’il fait discrètement passer : il faut s’accepter tel qu’on est.  »

L’acteur et réalisateur français a toujours adoré le dessin animé, depuis sa petite enfance,  » comme tous les mômes sans doute « . Ses premiers chocs du genre furent Le Livre de la jungle et Les 101 Dalmatiens, ainsi que des films moins connus comme L’Apprentie sorcière,  » un Disney mêlant animation et acteurs réels, et où il y a un match de football qui m’a tiré des larmes de rire ! « . Un peu plus tard vinrent Tex Avery ( » Je suis littéralement tombé dedans, au point de le regarder en boucle et de ne plus pouvoir voir autre chose « ), les Looney Tunes de la Warner,  » et aussi les cartoons de UPA avec Mister Magoo, avec leurs traits épurés à l’extrême « . Aujourd’hui encore, lorsqu’il écrit, découpe ou dirige une comédie, Chabat n’a  » d’autre étalon que le rythme, le timing des films avec le Coyote et le Bip-Bip, qui n’ont jamais étés surpassés. Tous les gags y sont parfaitement mis en place, les regards caméra durent exactement ce qu’ils doivent durer. C’est carrément génial…  »

Lorsqu’il entre en studio pour enregistrer la voix de Shrek, l’acteur ne dispose que d’une liberté très réduite.  » D’abord l’adaptation est généralement excellente, ensuite elle répond à des obligations très précises en termes de nombre de syllabes et de longueur des phrases, explique Alain Chabat. Je fais d’abord le texte exact sur une piste, et puis si des idées me viennent, je dispose d’une seconde piste pour les essayer.  »

Technique et inspiration

Au-delà de ce travail précis sur la série à succès de Dreamworks, le réalisateur de Didier et de Mission Cléopâtre est heureux de voir les techniques de l’animation venir enrichir ses possibilités de mise en scène.  » Aujourd’hui, on peut tourner une scène avec des acteurs et le faire en fonction de ce qui pourra être ajouté en post-production, grâce aux effets digitaux. Un coup de poing donné pourra prendre une force herculéenne, sa victime pourra voler à plusieurs mètres et retomber au point d’impact le plus comiquement efficace. Les outils sont désormais incroyablement précis. Reste, bien sûr et comme toujours, à les utiliser de manière judicieuse…  »

La technologie influence évidemment la manière de faire du cinéma, et même celle d’écrire, comme le relève Chabat, qui constate :  » Avant le copier/coller, tu réfléchissais deux fois à ce que tu allais écrire, tu devais gommer, déchirer, recommencer. Aujourd’hui, tu y vas gaiement, tu te sens plus libre d’expérimenter. C’est la même chose au montage d’un film, puisque toutes les images sont sur un disque dur et qu’il ne faut plus couper et coller de la pellicule pour voir ce que donne telle ou telle idée.  » L’écriture, c’est justement ce qui occupe en ce moment notre homme.  » J’ai deux ou trois idées de film sur le feu, sourit-il, le tout est de voir celle qui me fera bander pendant deux ans…  »

Louis Danvers

Partner Content