Liquidation totale

Allons bon, qu’est-ce que j’apprends ? La recherche irait mal ? Les chercheurs de chez nous auraient des budgets toutis rikikis (mais, comme ils sont bien élevés, ils feraient moins de ramdam que leurs collègues français, même en période électorale) ?

Bon, vous me connaissez, toujours prêt à m’indigner face à la moindre injustice. Sauf que, comme 99 % de mes concitoyens, je n’ai, des chercheurs, qu’une vision assez fragmentaire. Celle qu’en donne la télé. Or, je ne sais pas si vous avez remarqué mais, à la télé, chaque fois qu’il y a un reportage sur des chercheurs (c’est-à-dire, grosso modo, chaque fois que Philippe Busquin leur rend visite), on a immanquablement droit aux mêmes images. Ça donne : des gens, généralement jeunes, la tête recouverte d’une sorte de bonnet de bain en papier (les filles avec une queue de cheval) qui prennent une série de pipettes, la trempent dans un liquide, regardent le liquide monter dans les pipettes, soulèvent les pipettes comme si l’avenir de la planète en dépendait (ce qui est peut-être le cas, qu’est-ce que j’en sais ? ) et vont déposer le liquide sur une petite plaquette en matière plastique transparente divisée en petits cubes, un peu le genre de truc qu’on utilise pour faire des glaçons, mais en beaucoup plus petit. Si vous voulez vous faire un bon whisky on the rocks, il va vous en falloir une dizaine.

Vous pouvez regarder tous les reportages que vous voulez : les chercheurs font toujours ces mêmes gestes (sauf les fois où on les laisse jouer avec le microscope, mais c’est tellement rare que c’est pas la peine d’en parler). J’imagine l’ennui qui doit s’emparer, certains jours, de Philippe Busquin :  » Qu’est-ce que j’ai, aujourd’hui, au programme ?  »  » Ah, aujourd’hui, vous allez visiter un laboratoire de recherche spécialisé dans le transport de liquides au moyen de pipettes.  » Et le pauvre Busquin de soupirer :  » Comme hier, quoi…  »

Du coup, j’imagine aussi les congrès de chercheurs. Evidemment, quand vous regardez le sujet des discussions, ça a l’air très sérieux, limite incompréhensible pour le commun des mortels. Mais, dès qu’ils sont certains que plus aucune oreille malvenue n’est à l’écoute, ils doivent se lâcher, style :  » Eh, les gars, regardez, j’ai mis au point un liquide d’une nouvelle couleur. Il est mauve avec des reflets irisés, c’est top tendance.  » Et tous les autres de s’écrier, en ch£ur :  » Chouette ! C’est Busquin qui va être content.  »

Mais il serait franchement malséant de se moquer des chercheurs. Parce que c’est à eux que l’on doit cette innovation qui a provoqué des heures de fou rire dans les familles : cette encre qui, en séchant, devient invisible, ce qui permet, au choix d’écrire des messages secrets ou de faire peur à maman en lui présentant une chemise toute tachée.

Rien que pour cette invention, j’ai envie de crier toute mon admiration aux chercheurs. Sans compter que j’ai toujours craqué pour les filles qui portent une queue de cheval.

marc oschinsky

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