L’inévitable hypocrisie

Faut-il pratiquer l’hypocrisie pour être écouté et respecté ? Si oui, cela ne serait que pure flatterie ?

Marie-Thérèse Berting, Estinnes-au-Mont (par e-mail)Par hypocrisie, on entend généralement un mode d’expression par lequel on dissimule ses vrais sentiments pour  » endormir « , voire tromper son auditoire. On distinguera trois raisons de le faire. Soit l’objectif avoué risque d’être rejeté parce qu’inacceptable pour mon vis-à-vis ; soit parce qu’on ressent une sorte de mépris à son égard. Il serait trop sot pour marquer son accord si on lui présentait clairement ce qu’on a à dire. Soit, enfin, parce qu’on a le sentiment d’être en état d’infériorité sociale. Dans ce cas, il faut l’amener à prendre les idées proposées comme étant siennes… d’une certaine façon. Cette infériorité peut résider tant dans les contraintes propres à toute hiérarchie (d’inférieur à supérieur) que dans le nombre de gens qu’il faut convaincre d’accepter un point de vue minoritaire ou singulier.

Tout discours ayant pour objet de faire partager par autrui une idée qu’on a en propre, surtout si elle vise à produire un effet (pratique) d’assentiment, conduit û consciemment ou non û à pratiquer une stratégie.  » On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre « , dit la sagesse populaire. Autrement dit, on s’interroge, préalablement, sur l’état de réceptivité de qui écoute. Il ne s’agit pas tant de lui faire admettre la justesse d’un discours que d’abaisser ses défenses. Tout se passe comme s’il n’avait pas à se rendre à mes raisons, mais à recevoir mes paroles comme en écho aux siennes. Toute hiérarchie sociale induit ce type d’attitude. En ce sens, on dira qu’il y a hypocrisie. Est-ce un défaut rédhibitoire ? Cela dépend de ce qu’on veut faire accepter et de l’état d’esprit de ceux auxquels on s’adresse. Notre comportement social s’y soumet instinctivement. C’est la politesse. Les groupes qui prétendent à plus de convivialité prônent la familiarité, mais souvent celle-ci n’est qu’une forme de politesse convenue. Nous le savons bien. Par contre, dans une structure d’égalité ou de confiance, en lieu et place d’une pareille stratégie, on usera de pédagogie à partir d’une volonté commune de se comprendre. Il ne s’agit plus d’imposer une idée, une décision, mais de trouver ensemble ce qui correspond à l’attente du groupe.

Bref, l’hypocrisie est inversement proportionnelle à la réalité démocratique de nos pratiques de vie. Elle dit la difficulté de s’exprimer comme on l’entend et surtout l’absence de souplesse du lien social. C’est la musique de fond de la comédie humaine. On peut l’atténuer, pas l’effacer.

Jean Nousse

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