» L’Europe centrale, une chance pour l’Union « 

Jean Lemierre est président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), créée en 1991 pour accompagner les pays de l’ex-bloc soviétique vers l’économie de marché. Il tire le bilan de la transformation à l’est.

Comment va l’économie européenne ?

E Je ne suis pas trop préoccupé. Certes, il y a une réduction de la croissance et il faut faire attention à l’inflation, mais l’Europe de l’Ouest apparaît comme un élément de stabilité dans le panorama mondial grâce à sa capacité de développement interne.

Et dans l’Est du continent ?

E Ces économies ont fait des progrès fantastiques, tirées par des processus de réformes, soutenues, à l’époque, par la perspective de l’entrée dans l’Union européenne. Nous pouvons être très fiers de ce qui a été accompli en Europe centrale.

L’Europe centrale et orientale offre donc une réserve de croissance durable pour les économies de l’Ouest ?

E Oui, certainement. Bien sûr, on a craint les délocalisations. Elles existent. Mais l’Europe centrale crée des emplois, importe des brevets, des licences, des équipements. C’est une zone d’amélioration des coûts et de la compétitivité européenne. C’est une chance extraordinaire pour l’Europe. Afin que ces pays poursuivent leur développement, ils doivent désormais créer un tissu d’entreprises industrielles capables de produire pour le marché intérieur et d’exporter. Cela suppose des politiques publiques en faveur de l’investissement privé. Et cela requiert aussi une utilisation maximale des capitaux locaux. Enfin, il faut lutter contre les coûts inutiles, par exemple le fort gaspillage d’énergie. Le taux de consommation énergétique par unité de PIB est encore de cinq à sept fois supérieur dans les pays de l’ex-Comecon par rapport à l’Europe de l’Ouest. Il faut apprendre à utiliser intelligemment l’énergie, ce qui n’est pas facile.

Que peut faire la Berd face à l’envolée des prix alimentaires ?

E Il y a, à l’est, entre 20 et 23 millions d’hectares de terres arables non utilisées. C’est l’une des rares régions du monde qui disposent d’un tel potentiel. En Russie, en Roumanie, en Ukraine, nous tentons de relancer les investissements privés dans le secteur agricole. Cela suppose de régler des questions comme la réglementation du sol, le financement, le stockage, le transport, la transformation et la distribution.

Les missions de la Berd ne sont-elles pas en passe de s’achever ?

E D’ici à 2010, sept pays vont sortir de notre champ d’intervention parce qu’ils ont rejoint l’Union européenne. Reste des enjeux immenses pour la stabilité européenne : les Balkans, l’Ukraine, etc. La Russie dispose de ressources aujourd’hui considérables, mais son développement à long terme passe par une diversification hors des hydrocarbures. C’est à cette condition que la Russie fera véritablement partie de l’économie globale. Derrière, enfin, il y a le Caucase, la Mongolieà C’est le grand continent européen.

Revenons aux Balkans. L’incertitude politique ne pèse- t-elle pas encore lourdement sur les choix d’investissement ?

E Bien entendu. Mais il faut du temps pour que les conflits politiques se résorbent. Notre travail à nous est d’évoluer dans ce contexte. Notre priorité, c’est le transfrontalier en matière autoroutière et ferroviaire, la construction d’un marché unique de l’énergie, permettre aux entreprises croates d’investir en Serbie, et réciproquement.

N’êtes-vous pas inquiet quand vous voyez la corruption fleurir dans des Etats aujourd’hui membres de l’Union européenne comme la Roumanie et la Bulgarie ?

E Y a-t-il de la corruption dans la région ? Oui. Mais la prise de conscience se répand que c’est une pratique détestable, qui vient de loin et qui est inacceptable à quelque niveau que ce soit, à l’hôpital comme au commissariat de police.

Entretien : Jean-Michel Demetz et Pierre Ganz.

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