L’Europe à la calculette

Le compromis obtenu à l’arraché sur le budget de l’Union règle la question financière. Reste celle des institutions

De notre correspondant

Notre accord n’est pas parfait, certainement pas joli ; il est acceptable  » : à l’image du Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Cinq étaient soulagés, certes, mais pas triomphants, à l’issue des trente heures de négociations à la calculette qui leur ont permis de boucler, dans la nuit du 16 au 17 décembre, à Bruxelles, un compromis sur le budget de l’Union pour la période 2007-2013. Salué par ses partenaires pour son  » courage « , Tony Blair, qui présidait les travaux, savait que son retour au 10 Downing Street serait douloureux.

A l’image d’autres journaux, le Sun a peu apprécié que Londres ait accepté de diminuer de 10,5 milliards d’euros, d’ici à 2013, le rabais sur sa contribution à la caisse commune :  » Il donne VOTRE argent à l’Europe, mais il n’obtient RIEN en échange « , titrait le quotidien populaire à grand tirage, dès le lendemain de l’accord. Lié à l’évolution des dépenses communautaires, ce  » chèque  » continuera d’augmenter, mais le Royaume-Uni – avocat de l’élargissement tous azimuts de l’UE – participera presque normalement au financement des aides aux nouveaux Etats membres, qui atteindront 157 milliards d’euros. Soit l’équivalent d’un  » double plan Marshall « , selon le chancelier autrichien, Wolfgang Schüssel. Le Premier ministre britannique a expliqué à ses compatriotes qu’il ne voulait pas perdre ses alliés d’Europe de l’Est. Mais ceux-ci, habituellement séduits par sa politique, ont quelque peu déchanté.

En revanche, la nouvelle chancelière allemande a fait un tabac. Angela Merkel a joué à merveille le rôle de médiatrice,  » main dans la main  » avec Jacques Chirac, a assuré ce dernier.

La Pologne renoue avec Berlin et Paris

Du coup, le Premier ministre polonais, Kazimierz Marcinkiewicz, a salué la renaissance de l’alliance de son pays avec Berlin et Paris, qui avait connu de sérieux flottements lors de l’intervention américaine en Irak, en 2003. La France, elle, a réussi, au grand dam de Londres, à sauvegarder sa chère politique agricole commune, dont le coût, pour l’ensemble de la période, sera de 362 milliards d’euros, par rapport à un budget total de 862 milliards. En échange, les Britanniques ont obtenu une révision  » exhaustive  » de toutes les ressources et dépenses de l’Union à partir de 2008-2009, mais les décisions – qui seront prises à l’unanimité – résultant de ce réexamen ne seront vraisemblablement pas mises en £uvre avant 2014.

L’hypothèque financière ainsi levée, reste maintenant aux Vingt-Cinq à trouver une alternative à leur projet de Constitution européenne, mort-né en mai puis juin 2005.

François Geoffroy

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