Lettres de mon palais

Françoise Hamel poursuit son portrait complice de l’une des meilleures épistolières du Grand Siècle

Madame écrit, par Françoise Hamel. Plon, 310 p.

Elle s’appelait Charlotte-Elisabeth de Bavière, mais ceux qui l’aimaient bien la surnommaient Liselotte. Et ceux qui l’aimaient moins, la Palatine. Fille d’un Electeur, elle n’avait pas 20 ans et sortait tout droit de ses terres teutonnes lorsqu’en 1671 on la maria à Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV. Monsieur n’ayant guère de goût pour les femmes, et en particulier la sienne, dont l’intelligence surpassait – et de loin – un physique ingrat, la princesse, convertie malgré elle au catholicisme, s’ennuyait ferme à Versailles. Aussi Madame rédigea-t-elle, pour tromper son vague à l’âme, des milliers de lettres où elle décrivait, sur un ton aussi vif et libre que sa pensée, les m£urs de ces Hurons de la cour de France, laissant ainsi un irremplaçable témoignage sur le Grand Siècle, côté cour.

Dans Fille de France, Françoise Hamel, connaisseuse hors pair du xviie, avait déjà, en 2004, raconté à partir de la correspondance de Madame et des Mémoires de Saint-Simon la première partie de la vie de cette princesse atypique. Voici donc la suite, que ses inconditionnels attendaient avec impatience.

Nous sommes à l’aube du siècle des Lumières lorsque Monsieur s’éteint d’une attaque foudroyante. Alors que la fin de règne du Roi-Soleil est marquée par les deuils à répétition, Madame, plus que jamais, observe et écrit les grands et petits faits vrais de la cour. Suivant intimement son personnage, Françoise Hamel dit l’affection de la Palatine pour le roi, qui ne l’a pourtant pas ménagée, sa haine pour la  » crotte de souris  » (Mme de Maintenon). Au fil des pages, la princesse s’inquiète pour son fils Philippe (le futur Régent), chasse ou se promène à Marly avec Sa Majesté, parle de Ninon de Lenclos, de Mme de Sévigné, de Madeleine de Scudéry. Et commente cette redoutable période – marquée par le froid, la famine et la banqueroute de Law – où la France souffre.

Sans cacher son empathie pour une Liselotte soucieuse d' » éviter les grandes peines et ne pas trop compter sur les joies « , Françoise Hamel, qui, au moment où elle entamait ce livre, a elle aussi subi un deuil cruel (évoqué dans les premières pages), brosse un portrait hautement sensible de la Palatine. Une princesse intelligente, cultivée, passionnée, qui, par-delà les siècles, semble presque devenue son amie. Sa complice. l

Olivier Le Naire

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