Les trois pouvoirs

j@attali.com

Les Etats-Unis disposent, au meilleur niveau, des trois premiers instruments du pouvoir : l’armée, la finance et l’industrie. Si la technologie américaine reste, de loin, la première du monde, les deux autres pouvoirs sont, cette semaine, remis en question.

Au sommet de l’Otan, à Bucarest, le président américain refuse un réel partage et réaffirme sa volonté de conduire seul, avec quelques supplétifs européens, la lutte contre le terrorisme. A Washington, le même refuse de répartir le pouvoir financier par une réelle réforme du Fonds monétaire international, mais réorganise le contrôle des institutions financières, banques commerciales et d’investissement, compagnies d’assurances et fonds de pension pour le confier à la banque centrale américaine, la Fed, au détriment de la Security and Exchange Commission (SEC). Désormais, la Fed pourra surveiller tous les marchés financiers et enquêter sur toute institution financière dont l’activité pourrait menacer la stabilité économique du pays, et un organisme spécifique contrôlera le marché hypothécaire.

Mais, dans les deux cas, ces stratégies ne pourront être efficaces. A moins de bâtir un mur autour des Etats-Unis et d’isoler le système bancaire américain du reste du monde financier, ce qui est impossible, il faudra se rendre compte que les institutions américaines de contrôle n’ont pas les moyens de maîtriser les enjeux planétaires. Si le monde prend conscience de l’incapacité américaine à s’opposer au terrorisme, la violence se développera contre les démocraties. S’il prend conscience de l’incapacité américaine à contrôler son propre système financier et à rétablir la solvabilité des banques, l’ensemble des marchés financiers perdront foi dans l’avenir des valeurs et paniqueront. Ce qui reste de confiance dans la finance occidentale, la société moderne et la démocratie s’effondrera.

Les Etats-Unis réaliseront peut-être, avant qu’il ne soit trop tard, que les enjeux ne sont plus à leur seule dimension, qu’il leur faut accepter de donner un sens politique à la globalisation et de transmettre du pouvoir aux institutions internationales. Le prochain G 8 – qui devrait devenir G 13 avec la Chine, l’Inde, le Brésil, le Nigeria et l’Afrique du Sud – devrait être l’occasion d’une telle réforme. Il n’est que temps de s’y préparer. l

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