Les tourments d’un homme meurtri

Il aura fallu attendre la fin de 2015 pour que l’Etat canadien demande officiellement pardon pour les actes commis lors du génocide culturel des  » pensionnats autochtones « .  » L’un des chapitres les plus sombres de notre histoire « , déclare à l’époque Justin Trudeau. Car, du milieu du xixe siècle jusqu’à la fin des années 1970, près de 150 000 enfants indiens ont été enlevés à leurs familles puis internés dans ces maisons religieuses destinées à les délester de leur  » indianité « . Richard Wagamese (1955-2017), un des plus grands écrivains canadiens, a été l’un d’eux. Dans ce roman inspiré de sa vie, il raconte l’histoire de Saul Indian Horse, un jeune Ojibwé arraché à la terre de ses ancêtres après avoir vu disparaître les siens un à un. A l’école, Saul sera soumis à une rude politique d’assimilation avant d’être sauvé par ses talents de hockeyeur. Mais la violence raciale se perpétue jusque dans la  » merveille blanche de la patinoire « , et Saul poursuit sa route d’errance et de beuveries. Ecrit dans une langue somptueuse, le récit retrace les tourments d’un homme meurtri. Un livre important sur le traumatisme, l’enracinement et la complexité de l’identité indienne.

Jeu blanc, par Richard Wagamese, trad. de l’anglais (Canada) par Christine Raguet. Zoé, 256 p.

Retrouvez l’actualité littéraire aussi dans Focus Vif : cette semaine, Les Pleureuses, beau roman hanté qui révèle l’Américaine Katie Kitamura, page 40, et Sucre noir, roman d’aventures exotisant du Français Miguel Bonnefoy, page 41.

E. Le.

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