Les suspicions du président

Raymond Langendries évoque le travail de la commission d’enquête parlementaire sur la faillite de la Sabena, qu’il préside

Le Vif/L’Express: Le rapport de la Commission Sabena est sans cesse reporté. Quand pensez-vous « atterrir »?

Raymond Langendries (CDH) : Notre rapport sera prêt pour la mi-janvier.

Plus d’un an de débats et d’auditions…! Le jeu en valait-il la chandelle?

Sans conteste. C’est quand même la faillite la plus retentissante que notre pays ait jamais connue. 12 000 emplois directs en fumée: un vrai drame social. Il fallait forcément en analyser les causes, pointer les responsabilités et avancer des recommandations, car plusieurs entreprises du même type sont actuellement en difficulté ( NDLR: assurément, la SNCB).

Au Parlement, l’attention est focalisée sur la période du partenariat avec Swissair, soit de 1995 à la faillite de novembre 2001. Avant 1995, il n’y a rien à retenir?

Si, si. La sous-capitalisation chronique, le manque de vision stratégique et les rigidités de la culture d’entreprise qui régnaient à la Sabena ne sont pas apparus brutalement à l’arrivée des Suisses. Si on veut faire des recommandations en termes de management – ce qui est le plus important -, il faut comprendre ces facteurs structurels.

Au chapitre des responsabilités – de loin, le plus délicat sur le plan politique -, ira-t-on plus loin que le constat suivant: « L’Etat belge et, donc, les gouvernements successifs sont collectivement fautifs; mais le vrai responsable de la faillite, c’est Swissair »?

Je ne sais pas. Il y a des causes structurelles à l’origine des difficultés historiques de la Sabena. Mais il y a aussi des moments très « particuliers » dans la vie de la compagnie…

…Comme la commande record de 34 Airbus, en 1997? Pour l’homme de la rue, cela risque-t-il d’apparaître dans quelques années comme « le » point de rupture, l’élément déterminant qui a précipité la faillite?

Oui. Je n’en serais pas choqué.

Mais cela permettrait aussi d’évacuer les responsabilités belges?

Non, non. Ce serait trop simpliste, mais je ne peux en dire davantage pour le moment.

A l’exception de Paul Reutlinger, patron de la Sabena de 1996 à 2000, le refus des dirigeants de Swissair d’être entendus au Parlement belge augmente-t-il la suspicion à leur égard?

Oui. Cela accroît le sentiment que leur responsabilité est clairement engagée. La veille de la faillite, un conteneur de 1,5 tonne de documents aurait quitté Bruxelles pour Zurich…

Quel peut être l’apport de l’enquête judiciaire menée, en parallèle, par le juge d’instruction Jean-Claude Van Espen?

C’est apparemment la première enquête parlementaire qui travaille en parfaite coordination avec la justice. Mes contacts avec le juge Van Espen ont été fréquents et nous avons veillé à ne pas gêner sa propre enquête. Celle-ci peut encore nous apprendre beaucoup de choses, à l’instar de la déposition faite par Peter Gysel, un ancien employé de Swissair, intermédiaire dans l’achat des fameux Airbus pour le compte de la Sabena et qui a refusé d’être entendu devant la commission parlementaire ( NDLR: comme on le lira ci-dessus, Gysel aurait déclaré au juge Van Espen que Swissair disposait d’options d’achat refilées ultérieurement au partenaire belge, après quele marché aérien s’était détérioré). Nous espérons que l’enquête judiciaire apportera les réponses aux questions qui nous ont échappé.

Entretien: Laurence van Ruymbeke et Philippe Engels

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