Les Sparks Brothers à l’opéra

Lil’Beethovenest la dernière aventure sonore des Sparks. Une bizarrerie électronique, qui relie l’univers classique au goût pour l’absurde des frères Mael

Quiconque a été un jour foudroyé par le This Town Ain’t Big Enough for Both of Us, ou par n’importe quel autre titre cintré de l’improbable duo de Ron et Russel Mael, aura toujours une place dans son coeur pour les Sparks. Ce groupe, fondé à Los Angeles en 1968 sous le nom d’Halfnelson, mène l’un des parcours les plus incongrus que l’on puisse imaginer. Sa période de gloire commerciale a coïncidé avec un exil à Londres et deux albums irrésistibles parus en plein glam-rock: Kimono My House et Propaganda, sortis en 1974. Les vocalises de fausset de Russel s’accordant aux mélodies implacables plaquées sur le clavier par son frère Ron au look de poupée de cire (à moustache) font alors grande impression. Depuis lors, les Sparks ont mené une carrière erratique, flamboyante lorsqu’ils s’associent au pape du disco teuton, Georgio Moroder ( Number One in Heaven, en 1979), et le plus souvent réservée aux fans européens, français en particulier, qui savent reconnaître l’originalité de leur démarche artistique.

Lil’ Beethoven est un disque encore plus farfelu qu’à l’habitude, dans la mesure où le format chanson alterne avec des moments proches de l’opérette qui permettent pleinement au talent vocal suraigu de Russel de s’exprimer. Sur ce disque, la voix de Russel devient un véritable instrument à part entière et construit des dialogues chantés d’une grande complexité sur des orchestrations trop « sparksiennes » pour être véritablement classiques: une pointe de baroque, de vaudeville et des programmations électros. On retrouve, bien entendu, le goût des frères Mael pour les histoires improbables comme dans le très explicite I Married Myself ou le délirant Your Call’s Very Important to Us, Please Hold, qui rappellera beaucoup de bons souvenirs à toute personne ayant un jour tenté d’obtenir des infos auprès d’une quelconque firme défendue par un central téléphonique en perdition. Au-delà de la loufoquerie, les Sparks amènent toujours une acidité et une dérision rares dans le « rock ». Même si ce disque n’est pas, au premier abord, une affaire très commerciale, il est chaudement conseillé à toute personne concernée par les manifestations musicales de délire contrôlé.

Ph. C., CD Lil’Beethoven, chez Bertus.

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