Les révolutionnaires de l’épicerie

Delhaize : un nom familier pour la plupart des consommateurs en Belgique. Derrière ce patronyme se cache une famille d’origine carolorégienne qui, en moins d’un siècle, a bouleversé le commerce de l’alimentation.

C’est à Ransart, Charleroi, que se trouve le berceau des épiciers les plus célèbres de Belgique. La demeure familiale est encore là, à quelques mètres de l’ancienne maison communale où Jean-Jacques Delhaize, négociant en vins, exerça les fonctions d’échevin dans le courant du xixe siècle. Onze enfants vont naître de son mariage avec Joséphine Ponsart, et cette génération va révolutionner le commerce de détail.

Jules, l’aîné, est professeur de sciences commerciales à Bruxelles. C’est lui qui, en 1867, a l’idée de génie de créer un réseau de magasins d’alimentation, dotés d’une image commune et approvisionnés par un entrepôt central. Il quitte l’enseignement et ouvre sa première épicerie, place Verte, dans la ville basse de Charleroi. Son frère Edouard et son beau-frère Jules Vieujant, également professeurs, le rejoignent.

Moins d’un an plus tard, les succursales Delhaize Frères & Cie fleurissent à travers le pays. Le succès fait naître des vocations dans la famille. Deux autres membres de la fratrie vont à leur tour lancer avec succès leur propre réseau de magasins : la société Adolphe Delhaize et les magasins Louis Delhaize.  » Mes aïeux ont pris le risque de quitter des professions respectables pour devenir épiciers, raconte Gui de Vaucleroy, ancien administrateur délégué et président du comité de direction du groupe Delhaize. Mais ce pari, a priori un peu fou, était avant tout guidé par une observation minutieuse de la distribution alimentaire en Belgique. « 

Libéralisme économique et progrès social

L’entreprise familiale prospère et décide de produire elle-même certaines denrées alimentaires qu’elle vend sous sa propre marque.  » Les innovations apportées par la première génération ont largement dépassé la sphère commerciale pour prendre une dimension sociale, ajoute Gui de Vaucleroy. Lorsque Jules Vieujant, mon arrière-grand-père, assume la gouvernance de l’entreprise familiale au tournant du xxe siècle, il est convaincu que libéralisme économique doit rimer avec progrès social. Bien avant l’Etat providence, il instaure un service gratuit de soins de santé pour ses employés et ouvriers. Puis il met sur pied une mutuelle et une caisse de pension pour les veuves et orphelins du personnel. « 

Près d’un demi-siècle plus tard, à la fin des années 1950, la troisième génération des héritiers va une nouvelle fois bouleverser le commerce d’alimentation. Jean de Cooman d’Herlinkhove, Marcel Lepage et Guy Beckers, trois petits-enfants de Jules Vieujant inspirés par ce qu’ils découvrent aux Etats-Unis, décident de changer les plans de la nouvelle succursale prévue place Flagey à Bruxelles. Ils ouvrent le premier supermarché du pays en 1957.

Avec le temps, la famille s’élargit. Elle compte aujourd’hui de multiples branches. Son poids dans la direction de l’entreprise est moins important, même si Pierre-Olivier Beckers, arrière-petit-fils de Jules Vieujant, en est aujourd’hui l’administrateur délégué et le président du comité de direction.  » Nous avons tous gardé cette fierté du travail accompli ces 141 dernières années et ce goût du risque qui ont transformé la société belge « , affirme Gui de Vaucleroy. Une tradition qui se perpétue : à 24 ans, Sébastien Glorie, arrière-arrière-petit-fils de Jules Vieujant, est devenu le plus jeune Belge à avoir atteint le sommet de l’Everest, l’année dernière. Et c’est, bien sûr, un drapeau du groupe qu’il a déployé sur le toit du monde.

Ol. H.

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