Les poules au bercail !

Manger du poulet : un geste citoyen, en ces temps de (pré)crise ? Qu’ils soient industriels, biologiques, de plein air et/ou de qualité dite différenciée, les éleveurs retiennent leur souffle et implorent les consommateurs de ne pas changer leurs habitudes. C’est qu’en Italie et en Grèce, la psychose de la grippe aviaire a entraîné, en quelques jours, une chute de 50 à 70 % de la consommation. Chez nous, la perte se limiterait à 10 à 15 % des ventes.  » Avec la crise de la dioxine, le consommateur belge a acquis l’expérience des situations difficiles, explique Alain De Bruyn, à la Fédération wallonne de l’agriculture. Il sait garder raison.  »

Sérénité ou méthode Coué ? La récente décision ministérielle de confiner tous les élevages (poulaillers professionnels et privés) au 1er mars, soit par enfermement pur et simple des volailles, soit par nourrissage sous abri ou filet, court le risque d’attiser les peurs irrationnelles. Les experts ne proposaient pas nécessairement d’aller si loin, sauf lorsqu’il y a proximité directe (mais c’est rare…) entre ces élevages et les zones dites sensibles, qui accueillent les oiseaux d’eau migrateurs. Le ministre Rudy Demotte (PS) a tranché en faveur de précautions extrêmes.

Dans la foulée, le ministre de la Santé a dénoncé les lacunes de la politique européenne. Exemple d’absurdité : les concours de pigeons, par nature transfrontaliers, restent autorisés dans certains pays membres, mais interdits dans d’autres. Quant à la vaccination des oiseaux d’élevage contre l’influenza, elle reste controversée ( lire l’article p. 18. ) et, à ce stade, limitée chez nous aux parcs zoologiques. Autrefois réfractaire, la France annonce que 3 millions de doses de vaccin seront prêtes dès la semaine prochaine. Il faut dire que la découverte récente du canard infecté, dans l’Ain, s’est faite à deux pas du  » c£ur  » de la production du célèbre poulet de Bresse, menacé de perdre son appellation d’origine contrôlée (AOC) s’il devait être confiné.

L’Hexagone élève 700 millions de poules par an et occupe 65 000 personnes. Là-bas comme chez nous (mais à une échelle nettement moindre, avec nos 36 millions d’animaux), la hantise porte sur la perte des marchés à l’exportation, notamment vers les pays du Moyen-Orient. De plus, confinés trop longtemps à l’intérieur, les oiseaux finissent par grossir et ne peuvent plus être traités dans les chaînes d’abattage. Ils ne correspondent plus, par ailleurs, aux standards de consommation. La Commission européenne, elle, a déjà averti : pas question d’aider financière- ment les éleveurs si les marchés sont  » simplement  » déprimés, à la suite d’une baisse de la consommation. Mais uniquement (et partiellement) en cas d’abattage, dans le cadre de mesures sanitaires d’urgence.

Ph.L.

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