Les pièges de la rechute

Le Vif/L’Express : Y a-t-il de réels progrès dans le traitement de la schizophrénie ?

E Pr Vincent Dubois, chef du service de psychiatrie adulte des cliniques universitaires Saint-Luc (Bruxelles) : Désormais, nous pouvons prescrire des molécules nettement plus efficaces, plus sûres et, surtout, mieux tolérées par les malades. En effet, elles ne provoquent plus les effets secondaires excessivement pénibles des anciens traitements. Ces derniers avaient un résultat positif sur les délires, mais ils entraînaient des tremblements et des raideurs musculaires. Comme s’ils étaient souvent prescrits à forte dose, on avait raison de les comparer à des camisoles chimiques.

Grâce aux nouveaux médicaments, peut-on être optimiste ?

E Le principal défi que pose la maladie n’a pas changé : en général, les personnes schizophrènes ne se considèrent pas comme des malades. Dans la mesure où elles n’admettent pas leur pathologie, il ne leur est pas facile d’accepter l’idée qu’elles devront prendre un traitement quotidien et souvent pour très longtemps.

Les médicaments leur offrent une grande protection en limitant les risques de rechute. Notre défi de thérapeute consiste à entrer en contact avec les malades et à mettre en place autour d’eux un suivi qui leur permettra de mieux s’en sortir face à une pathologie chronique, extrêmement invalidante et aux répercussions sociales majeures.

Nous devons donc nous interroger sur le nombre de personnes non suivies et qui rechutent. Et réfléchir à l’organisation de nos soins, en rendant nos consultations plus accessibles. Ou, par exemple, en imaginant un système dans lequel infirmiers ou travailleurs sociaux restent en contact avec la personne malade.

Et le droit des patients à ne pas se soigner ?

E Les limites qu’il nous faut poser face à la liberté du patient servent parfois à cacher le fait que nous hésitons à en faire davantage face à la pathologie psychiatrique la plus lourde qui existe !

Pourquoi le risque de rechutes vous préoccupe-t-il autant ?

E Mais c’est un énorme problème ! Tout doit être tenté pour éviter ces rechutes. A chacune d’entre elles, le malade met plus de temps à se rétablir. Sur un plan individuel, il les vit comme autant d’échecs. Les rechutes sont également toxiques socialement, professionnellement, familialement. Enfin, du point de vue neurologique, on soupçonne chaque épisode de dégrader un peu plus le système nerveux central.

Donc, malgré les nouveaux traitements, on ne guérirait jamais de cette maladie ?

E Il n’existe pas une schizophrénie mais des schizophrénies, aux visages multiples et avec des expressions variées. Parfois, mais c’est peu fréquent, la personne ne vivra qu’une crise unique. Mais la grande majorité des personnes schizophrènes restent fragiles et ont des parcours très différents. Certaines ont des vies  » normales « , d’autres, davantage ponctuées de dégradations. Voilà pourquoi, autour de la pierre angulaire qu’est le traitement médicamenteux, le corps médical doit rester très mobilisé dans le suivi des patients. Si nous les oublions, beaucoup passeront de longs moments à l’hôpital.

Pascale Gruber

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