Les Paris de Julie Delpy

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

La comédienne passe derrière la caméra pour un 2 Days in Paris aussi drôle que charmeur et joliment culotté.

Elle ne s’appelle pas Céline comme l’héroïne de Before Sunrise et Before Sunset ( lire l’encadré), mais Marion est, elle aussi, une Française amoureuse d’un Américain. Elle s’est même installée avec lui à New York, où elle exerce la profession de photographe, lui travaillant comme architecte d’intérieur. Alors que le couple fait un voyage à Venise, Jack tombe malade et une étape à Paris s’improvise, qui les ramènera dans l’appartement de Marion, au dernier étage de la maison de ses parents.

Un certain racisme franchouillard

Comment le caractère quelque peu envahissant de ces derniers, auxquels s’ajouteront bientôt des  » ex  » encombrants de Marion, va perturber une escapade amoureuse tournant peu à peu à l’épreuve, 2 Days in Paris le narre de manière fort pétillante. Tout à la fois devant et derrière la caméra, Julie Delpy fait de ce film un régal de comédie charmeuse, alliant l’intellectuel et le sensuel avec une énergie tonique. Ne craignant ni les sentiments ni les mots crus (on parle sexe avec une rare franchise), l’actrice et réalisatrice nous offre un cocktail de situations à la Woody Allen et de cinéma d’auteur à la Rohmer, le tout pimenté de répliques hilarantes et inscrit dans un esprit hérité des écrivains moralistes du xviiie siècle !

Adam Goldberg, dans le rôle de Jack, est le complice idéal d’une Julie Delpy en forme ravageuse. Comme tout droit sorti d’un univers  » woodyallénien  » qu’il n’a pourtant jamais fréquenté de près, cet acteur trop rare subit le choc des cultures avec un stoïcisme de plus en plus provisoire, jusqu’à la crise frontale qui transforme 2 Days in Paris en scène de ménage encore drôle mais griffée de quelques vérités bonnes à prendre sur le couple et les pièges – extérieurs mais aussi intérieurs – qui peuvent le menacer. Julie Delpy s’est battue, tout au long du développement du projet et de la quête pas forcément facile du financement nécessaire, pour conserver les éléments plus  » noirs  » et des notations critiques ne ménageant pas plus les hommes que les femmes, les Français que les Américains. Les scènes de taxi qui ponctuent l’action donnent par ailleurs à la réalisatrice l’occasion d’exprimer avec véhémence ce qu’elle pense d’un certain racisme franchouillard…

Pour la comédienne révélée adolescente par Godard ( Détective), Carax ( Mauvais sang, avec une nomination au césar du Meilleur Espoir) et, surtout, Tavernier (dans La Passion Béatrice), 2 Days in Paris tient en partie du film familial, puisqu’elle y fait jouer ses parents de fiction par… ses géniteurs réels ! Acteurs eux-mêmes, Albert Delpy et Marie Pillet interprètent leurs personnages avec une verve épatante.

Ils peuvent être fiers de leur rejeton, que son physique préraphaélite aurait pu conduire à des emplois de blonde évanescente qu’elle n’a pas voulus, préférant la violente noirceur du secouant et décalé Killing Zoe produit par Tarantino. Installée à Los Angeles depuis le milieu des années 1990, Julie Delpy a mis son  » exotisme  » et sa parfaite connaissance de l’anglais au service de choix parfois commerciaux (la série télévisée Urgences, la version Disney des Trois Mousquetaires), mais le plus souvent axés sur des films indépendants comme Investigating Sex, d’Alan Rudolph. On a pu en outre tout récemment la voir dans le très savoureux Faussaire avec Richard Gere.

Une comédie d’une fraîcheur insolente

Non contente de l’avoir écrit, coproduit, mis en scène et interprété, la blonde qui n’a pas froid aux yeux signe également le montage et la musique de 2 Days in Paris. Plus personnel comme film, on ne fait pas ! A même pas 40 ans, la nouvelle corde qu’elle met à son arc promet encore bien du plaisir.

La comédie étant devenue, des deux côtés de l’Atlantique, le plus convenu et formaté des genres, la fraîcheur insolente du film de Delpy n’en est que plus précieuse et roborative.

Face à l’abondance des sorties estivales visant le public enfantin, ce film certes en bonne partie ludique, mais adulte au meilleur sens du terme, ne devrait pas laisser indifférent le public friand de bon cinéma.

Louis Danvers

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