Les palaces du roi Solomon

A 74 ans, le Sud-Africain  » Sol  » Kerzner a bâti l’un des plus vastes empires hôteliers et n’entend pas s’arrêter là. Il va inaugurer à Mazagan, au Maroc, son 35e complexe de luxe. Un projet fou.

C’était le 20 novembre 2008 au soir. Au plus fort de la crise financière mondiale, Dubai s’apprêtait à vivre l’une des plus grandes fêtes du siècle. L’inauguration du Palm Atlantis, complexe hôtelier de 1 500 chambres, situé sur une des palmes artificielles de l’émirat,  » dépassait l’entendement, avec une mise en scène époustouflante « , se souvient un des participants. Même les célébrités les plus blasées -Robert de Niro, Liza Minnelli, Roger Federer ou Jean Paul Gaultier – venues du monde entier pour déguster les 2 000 homards préparés pour l’occasion et admirer le plus grand aquarium du monde (65 000 poissons), n’en reviennent pasà

Sol Kerzner, le maître des lieux, est le seul à ne pas être impressionné. Normal : le magnat de l’hôtellerie de luxe (17 milliards d’euros de chiffre d’affaires), a préparé ce sacre dans les moindres détails. Il a dépensé 20 millions de dollars pour le spectacle et entend qu’il soit parfait.

Le tycoon de 74 ans, d’apparence modeste, ne fait rien comme les autres. Au moment où le tourisme sombre dans le marasme, il n’a de cesse d’ouvrir de nouveaux établissements. Le 31 octobre, l’homme d’affaires inaugurera à Mazagan, station balnéaire marocaine, proche de Casablanca, un immense complexe doté d’un golf, d’un casino et d’un centre de convention de 2 000 mètres carrés. Le trente-cinquième.

Son audace, ce Sud-Africain d’origine juive-russe en joue depuis quarante ans. En 1960, il a 25 ans et s’ennuie ferme comme expert-comptable, mais s’amuse, pendant son temps libre, en aidant ses parents, qui ont acheté un modeste hôtel à Durban afin d’assurer leur retraite. Pendant leurs vacances, le jeune homme en profite pour vendre (sans les en avertir) l’établissement et en racheter un autre, plus gros. Les parents voient rouge. Mais pas pour longtemps, puisque leur rejeton, qui n’a jamais vu un palace de sa vie, réussit à convaincre des financiers et à construire un resort de luxe en plein désert : Sun City. Situé à 187 kilomètres de Johannesburg, c’est un mélange de station balnéaire et de parc d’attractions, avec son million d’arbres plantés et ses casinos, alors interdits dans l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Tout le monde a beau crier au scandale, surnommant Sun City  » Sin City  » (la Ville du péché), tous les Sud-Africains y courent. Sol découvre avec émerveillement la jet-set. Il passe les vingt années suivantes à fréquenter le milieu des  » beautiful people « , de Michael Jackson à Sharon Stone. Même si, proteste-t-il,  » [ses] amis les plus proches ne sont pas connus « .

Mais il ne faut pas s’y tromper. A la fin des années 1980, controversé et soupçonné de collusion avec le pouvoir sud-africain, accusé par les Européens d’être trop proche du régime de l’apartheid, il préfère quitter l’Afrique du Sud pour exercer pleinement son métier. Fin dénicheur d’endroits aussi magnifiques que méconnus – c’est lui qui lancera l’île Maurice, en 1975, avec le Saint-Géran – Sol passe à la vitesse supérieure, en s’installant aux Bahamas. Après avoir racheté un hôtel en faillite à Paradise Island, il invente le premier Atlantis, complexe de 3 000 chambres. Le succès est immédiat. La success-story n’est cependant pas exempte d’échecs.  » Il n’a pas pris suffisamment tôt le tournant de Las Vegas « , critique un spécialiste. Un vrai manque qu’il va avoir du mal à combler : dans cet univers ultra-compétitif et déprimé, son arrivée à Vegas semble aujourd’hui compromise. Autres ratages du roi du resort : Singapour et Macao.

Et demain ? L’hôtelier a déjà eu un infarctus et, en 2004, il a voulu passer le témoin à son fils Butch. Mais l’héritier est mort dans un accident. Cette épreuve a marqué le nabab. Et l’a changé : son retour aux affaires est, depuis, tonitruant mais il garde maintenant du temps pour ses proches.

Ses prochaines destinations : le Costa Rica et Zanzibar.

Corinne Scemama

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content